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COURRIER DES LECTEURS DE FRANCE-ANTILLES, DES 21 ET 22 SEPTEMBRE.

(C'est moi qui aie souligné en gras certains passages importants de la lettre et, en rouge, ceux que je constestes.)

S'il est vrai, voire incontestable, que la ville du Moule est à un stade intermédiaire de son développement, il est odieux et injuste d'en faire un cloaque dans lequel pataugeraient ses habitants, dans la joie et la bonne humeur.
S'il est vrai que dans les régions du Sud, et la Métropole n'y est pas exclue, la population a des habitudes qui peuvent s'apparenter à des incivilités, notamment par l'usage immodéré des décibels et un laisser-aller dans le respect des règles en société, ce constat, de par son caractère de généralités et de permanence, démontre que chaque civilisation détient peu ou prou des ressorts d'énergie qui peuvent s'exprimer dans l'emphase ou dans le repère plus feutré des salons.
La Guadeloupe, comme, le Moule, Marseille et la plupart des pays de la Caraïbe, comporte en son sein une population qui parle fort, est bruyante, s'exprime avec des gestes, quelquefois indisciplinée, et ces travers, pour certains, sont en fait le signe d'un monde qui vaut pour son authenticité et ne demande en retour ni un blanc-seing de bonne conduite et encore moins des félicitations des visiteurs de passage.
Cette société que l'on domestiqua, à qui l'on inocula un abâtardissement qui s'apparente aujourd'hui à un crime contre l'humanité, il faut le comprendre et l'admettre, n'a que faire des rhéteurs et des donneurs de leçons qui, sur l'agenda du temps, se reproduisent comme par génération spontanée.
La Guadeloupe n'est pas Monaco, parce qu'elle n'en a, ni les moyens, ni la vocation, ni l'envie. Et étonnamment pour les observateurs en surface, le Guadeloupéen ne sera jamais un Suisse ou un Allemand.
Il fut des temps, encore présents en mémoire de tous, qui ne confèrent pas nécessairement à ceux qui ont inventé l'électricité, la vapeur ou la foudre, le mérite de la civilisation.
Évidemment il est toujours fâcheux, d'être le témoin d'actes d'incivilités, en l'occurrence de chauffards circulant à tombeau ouvert, de jeunes faisant pétarader des engins à deux roues trafiqués et d'immondices faisant le lit de la vermine et des rats.
Pour ce qui est des comportements eux-mêmes, il n'aura échappé à personne que la commune du Moule n'est malheureusement pas comptable de ces travers forts regrettables. Et sauf à rééduquer la le peuple par l'usage de la force, comme ce fut le cas dans des sociétés totalitaires, il est évident que, dans une société démocratique, c'est l'éducation et l'amélioration du niveau de vie qui apporteront les réponses les plus durables et les plus concrètes. Cette responsabilité appartient à l'État.
Concernant les ordures ménagères, il va de soi que cette touriste se perd dans des allégations éhontées, puisqu'il faut savoir que tous les concitoyens possèdent une poubelle et qu'un ramassage permanent des ordures est effectué, même quotidiennement en agglomération.
Il va de soi qu'un lecteur avisé aura bien compris que la peste n'est pas propagée par les chats ou les chiens et que ces animaux errants font l'objet d'une politique d'éradication qui n'est pas du seul ressort de la commune.
Davantage, il convient de rappeler que la peste noire, qui a ravagé l'Europe, n'a pas été éradiquée après la Révolution française, mais très lentement par les efforts conjugués du développement et de l'élévation du niveau de vie, qui sous-entend une meilleure prophylaxie, une éradication des maladies et évidemment une plus grande conscience collective d'un respect de vie en commun.

Ce que Julie Georges a vu sans le comprendre, c'est que la commune du Moule, comme la Guadeloupe et la plupart des départements d'outre-mer, sont des régions enracinées dans les fléaux du Sud, avec le vernis des sociétés riches et développées du Nord.
Ce qu'il faut en déduire, c'est que la ville du Moule et une agglomération en devenir, que de nombreux efforts sont faits pour produire le meilleur de chacun, en ayant le souci de conduire la population à un mieux-être.
En vérité, on ne passe pas de la charrette à bœufs, au rutilant véhicule automobile à "airbag", sans difficultés.
La France est née en l'an mille, la Guadeloupe est née, aux forceps, en 1848.
Si Julie Georges ne revient pas au Moule, il lui faudra se rendre dans des pays plus policés ou elle n'entendra ni crissements de pneus, ni l'aboiement des chiens, ni les rires sonores des autochtones, ni le bruit des klaxons et encore moins les décibels de cette commune joyeuse et festive.
II faut lui souhaiter de ne pas se rendre à Strasbourg où, dans certains quartiers, l'on brûle allégrement des voitures et où l'on agresse le passant.
Elle gagnerait aussi à éviter Paris, pour ne pas glisser sur les crottes de chiens et, enfin, Nîmes et ses ferias, où elle risquerait d'être encornée par un taureau.
Pour ce qui est d'ailleurs des taureaux, qui foncent à corps perdu dans la ville de Nîmes, il n'y a ni sens interdit, ni limitation de vitesse.
Vous l'aurez compris, chers lecteurs, nos plages resteront, notre soleil continuera à briller et nous rirons toujours autant, car comme le disait si bien Paul Eluard "il ne faut pas de tout pour faire un monde, seulement du bonheur".

Gabrielle Carabin
Le Moule


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