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LA BONNE ADRESSE

Quitte à passer pour un " donneur de leçons venu de l'extérieur ", je voudrais m'étonner, qu'au vingt et une nième siècle, les responsables politiques de la Guadeloupe n'éprouvent pas le besoin d'offrir à leurs concitoyens une adresse. En effet, si les rues ont PARFOIS eu l'honneur de recevoir un nom de baptême, les maisons sont RAREMENT * numérotées en Guadeloupe.

La Poste, qui est grosse consommatrice d'adresses, a résolu le problème à sa façon. Le nouvel arrivant, dont la maison restera toujours anonyme, se voit affecté du nom de son voisin connu, le plus proche, sur son adresse personnelle. Ce que la compagnie des eaux, l'E.D.F et France Télécom s'empressent de reprendre.
Pour ceux qui ont un ego démesuré, comme moi, il est extrêmement humiliant de n'être connu que comme Monsieur X, voisin de Monsieur Tartemolle ! Et, si vous êtes en froid avec ce dernier, vous aurez des sueurs froides, chaque fois que vous recevrez une lettre portant son nom écrit plus gros que le vôtre.

Pour le pékin lambda, que je suis malgré mon ego hypertrophié, ne connaissant pas les voisins célèbres, il devient extrêmement difficile de trouver quelqu'un avec une adresse très incomplète, qui ne comporte, parfois, que le nom du quartier ou, au mieux, du lotissement.
Même avec le nom de la rue, je vous mets au défi, si votre expérience du pays ne remonte pas à l'aube des temps (c'est-à-dire à la suppression de l'esclavage), de trouver rapidement et sans douleurs un individu, un magasin ou une entreprise, avec sa seule adresse. C'est sans doute pour cela, que tous les Guadeloupéens, sans distinction de sexe et d'âge, portent à la ceinture un téléphone cellulaire, seul moyen connu pour trouver quelqu'un.

Le pire est la nouvelle zone industrielle et commerciale de Jarry. Comme elle se développe comme une plante tropicale, d'une façon aussi rapide qu'anarchique, son plan est toujours faux et l'énergie que l'on dépense, pour trouver un établissement, est phénoménale.
Disons un mot du plan. Comme les Guadeloupéens ont l'esprit beaucoup plus tortueux que leurs cousins d'Amérique du Nord, non seulement ils ont souvent oublié de prévoir le tracé des rues par anticipation, laissant aux entreprises le soin d'organiser l'espace, mais quand ils tentent d'établir un plan, au lieu d'adopter la numérotation métrique, seul moyen connu pour faire simple et efficace, ils quadrillent l'agglomération avec des lettres et des chiffres (comme dans le jeu de la bataille navale) et numérotent les maisons, en recommençant à 1 dans chaque carré. Ainsi, vous devez trouver le 9 de P-12, qu'il ne faudra pas confondre avec le 9 de P-11 ou le 9 de Q-12.
A vouloir faire simple, on complique souvent les choses.

Ne voulant donner de leçon à personne, je me contenterai d'exprimer un souhait. Ce qui au moins est simple ici, c'est que je sais, comme tout le monde, à qui l'adresser : Omniprésente Lucette, qui veillait sur nous, pourriez-vous nous faire la grâce de nous offrir une adresse personnelle ! Vous savez, une adresse bien à nous, pas au voisin, et qui permette à nos amis de nous trouver. Quant à nos ennemis, nous ne la leur donnerons pas !

* MEA CULPA : j'avais écrit JAMAIS, en lieu et place de RAREMENT. Par retour de mail, j'ai reçu un démenti cinglant, bien qu'amical, d'une résidente du Moule (il fallait s'y attendre : c'est la ville qui bouge, en Guadeloupe), qui m'annonce qu'elle habite un numéro 26, dans une rue de cette charmante ville. Dont acte, voilà la correction faite. Ma note d'humeur reste vraie pour la plus grande partie de Grande-Terre et de Basse-Terre, tout le monde n'a pas le privilège d'avoir Gabrielle pour maire.


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