La libre littérature française des Amériques







LE CIRON ET LA BALEINE

Une sorte de fatalité pèse sur les journaux, même lorsqu'ils se veulent aussi libre que le Petit Journal de Montmain. Comment éviter de parler d'un sujet, même si l'on est convaincu, qu'en le faisant, on entre dans une polémique stérile, plus proche, à l'origine, d'une démarche marketing que d'une controverse sérieuse ? Michel Houellebecq est un minus et tout ce qu'il a écrit sur les religions monothéistes et sur le Coran est totalement insignifiant !
Pourtant, des associations de Musulmans n'ont pas pu s'empêcher de déposer une plainte contre lui. Donnant ainsi un singulier coup de projecteur, sur ce qui n'aurait fait le bonheur que d'une poignée d'intellectuels névrosés.
Ce qui est beaucoup plus grave, c'est que la polémique, qui s'en est suivie, met en branle des gens beaucoup plus dangereux, qui attaquent le Coran de façon beaucoup plus pernicieuse et soulèvent ainsi des questions embarrassantes auxquelles les-dites associations devront répondre.

Voyons d'abord le contexte. Avant tout, il y a le Coran, livre qui a été dicté par un homme qui s'était investi d'une double mission. Une mission religieuse, convertir les bédouins arabes, du Nord de l'Arabie, à une forte religion monothéiste qui leur soit bien adaptée. Une mission politique, surtout, rassembler ces nomades divisés, en une nation capable de faire l'unité avec le Sud de l'Arabie et de peser lourdement sur le Moyen-Orient. Cette seconde mission impliquant sans doute la réalisation de la première.
Pour parvenir à ses fins, Mahomet a eut le coup de génie de leur fournir un livre autour duquel ses hommes puissent se rassembler. Connaissant le goût des Arabes pour la poésie, il écrivit des vers, dont le pouvoir séducteur est incontestable dans sa langue d'origine. Aucune traduction, dans une autre langue, ne peut rendre justice à la valeur littéraire du Coran.
Il ne faut jamais oublier que ce livre a été écrit de 612 à 632 et qu'il reflète les idées et les traditions culturelles de son époque. C'est un livre de circonstance, qui a évolué en fonction des difficultés rencontrées par le prophète.
Ainsi, Mahomet choisit d'abord Jérusalem comme ville sainte, vers laquelle les croyants (littéralement les musulmans) devaient se tourner pour faire leurs cinq prières quotidiennes.
Il a prôné, également, le respect des Juifs, leurs Grands anciens en religion, jusqu'à ce que les Juifs s'en prennent à lui et le contraignent, par leur intransigeance, à tout bouleverser.
Se présentant comme le dernier des prophètes, dans la longue lignée qui passe par Abraham, Moïse et Jésus, Mahomet enjoignait à ses fidèles de respecter les religions juive et chrétiennes, ainsi que leurs livres et leurs figures sacrées, tout en affirmant que ces deux religions, qui honoraient le même Dieu, s'étaient fourvoyées et que seul le Coran enseignait la vraie foi.

De ce côté du ring, donc, l'un des phares incontestables de l'Humanité.
De l'autre, qui a-t-il ? Un écrivain médiocre qui fait son commerce de la critique de la religion musulmane, ce qui, dans une France rendue profondément anti-arabes, par la peur de l'insécurité qui règne dans les banlieues, et doublement frileuse, par les attentats du 11 septembre commis par des extrémistes musulmans, ne peut qu'avoir un retentissement favorable. En un mot, il exploite un bon filon !
Et comment le fait-il ? En traitant de crétin Moïse, pour avoir eut une formidable prémonition monothéiste, en un lieu où lui, minus génial, a eut la vision inverse et, surtout, en déclarant que la religion musulmane, la plus monothéiste des trois religions du Livre, était donc la plus con des trois.
Fortes paroles qui témoignent sans doute du niveau de réflexion de son auteur ! Notre individu se permet aussi de nier l'intérêt de l'architecture et de l'art musulmans, ce qui témoigne de son haut degré de culture.

L'affaire se serait arrêtée là, d'autant plus facilement que les médias qui avaient fait écho à ces mémorables paroles (le magazine Lire et le site Amazon.fr) ont un retentissement à peine plus important que celui du Petit Journal de Montmain, si de pieux nigauds n'étaient tombés dans ce piège grossier et n'avaient déposé une plainte en bonne et due forme dans un tribunal.
Voilà donc que la cohorte d'écrivains, qui sont toujours en quête d'une bonne opération de promotion pour les produits qui les nourrissent copieusement, entre dans la partie pour voler au secours de la liberté d'expression. D'autant plus volontiers que les caméras de télévision étaient installées sur les marches du palais de justice. Mais, plus grave, voilà que des morceaux soigneusement choisis du Coran sont jetés sur la place publique, pour montrer au bon peuple, transit de peur, que tout leurs malheurs, présents et à venir, viennent de ce livre maudit, dont on n'est pas loin de réclamer l'interdiction.

Tout cela serait dérisoire, s'il n'existait des fanatiques, qui prennent à la lettre les propos du Coran pour justifier leur folie meurtrière. Alors que les sectes, d'origine chrétienne, qui prennent au pied de la lettre la Bible (qui est loin d'être un vaste chant d'amour), sont beaucoup plus pacifiques et ne font du tort qu'à leurs propres membres. Pour ce qui est des extrémistes juifs, je ne leur accorderais pas le Bon Dieu sans confession, mais leurs cibles sont localisées à la Palestine et aux pays voisins, ce dont le bon peuple français n'a strictement rien à foutre.

C'est à se demander si les associations, qui se sont pourvues en justice, ne visent pas davantage un but interne à leur religion que la condamnation de ce Lilliputien de la plume ?
Ne serait-il pas venue, le temps du grand chantier de la refonte de la religion musulmane, et surtout de la loi islamique ou chari'a, sur des bases plus actuelles, prenant en compte l'évolution des mœurs et, surtout, l'émancipation de la femme ; prenant acte que la guerre d'expansion, lancée par Mahomet et largement poursuivie par ses successeurs (Mahomet n'ayant jamais réalisé de conquête hors de son pays), est enfin achevée, toutes choses que beaucoup d'esprits musulmans éclairés appellent de leurs vœux ?

Si la montagne accouche parfois d'une souris, la souris ne pourrait-elle pas accoucher, cette fois-ci, d'une montagne ?


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