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QUOI DE PLUS TRISTE QUE LA MORT D'UN ILET ?

Quoi de plus triste qu'un îlet qui meurt ? C'est pourtant ce qui est en train de se produire dans le Grand Cul-de-Sac Marin de Guadeloupe, où l'îlet à Caret est à l'agonie.

Comment naît un îlot corallien comme l'îlet à Caret ?
Très simplement. Du sable, porté par les courants, s'accumule dans une zone marine peu profonde, abritée par des massifs de coraux jusqu'à affleurement. Un banc de sable est né. Pour qu'il devienne un îlot, il faut que la végétation s'y installe. Des plantules de palétuviers rouges s'y fixent et grandissent. Leurs racines piègent tous les détritus organiques qui passent à leur portée, à commencer par leurs propres feuilles mortes. Dans ce terrain primaire, d'autres espèces de plantes, apportées par les oiseaux ou par la mer, s'implantent à leur tour.
Ainsi est né l'îlet à Caret, qui est déjà présent sur des cartes du XV° siècle. Son nom lui vient de celui d'une tortue marine qui le fréquente encore parfois.

Comment meurt un îlot corallien comme l'îlet à Caret ?
Ainsi, l'îlet à Caret a prospéré pendant des siècles. Puis les hommes vinrent pour le condamner à la mort.

îlet à Caret, vue du ciel. Au début des années 60, des pêcheurs des Saintes et de Sainte-Rose s'installèrent sur l'îlet, qu'ils occupaient du début de l'année à septembre, pour pêcher à proximité. La saison des cyclones les chassait, la houle de nord et les marées cycloniques submergeant parfois leur refuge.
L'îlet à Caret, qui était cinq à six fois plus étendu qu'il ne l'est actuellement, était couvert d'une végétation de catalpas, de raisiniers de bord de mer, de palétuviers rouges et de cocotiers. Les pêcheurs construisirent jusqu'à six cases à toits de tôles. Leur présence provoqua le début du déboisement de l'îlet. Les catalpas furent utilisés pour réparer les membrures des canots. Avec le temps, la pression humaine augmenta sur l'îlet. Les plaisanciers, les touristes, les campeurs commencèrent à arriver en masse (jusqu'à 40 à 50.000 par ans). Des clairières furent créées pour favoriser l'implantation des tantes, les arbres utilisés pour alimenter les barbecues.
Privé des racines qui retenaient son terrain, l'îlet commença à se réduire comme peau de chagrin.
Le coup de grâce fut donné par le cyclone Hugo, en 1989, qui transforma l'îlet en un simple banc de sable.

îlet à Caret vu de l'eau. Le Conseil Général de Guadeloupe et l'Office National des Forêts entreprirent des travaux pour redonner vie à l'îlet à Caret. Des digues en bois furent implantées dans le sable, des carbets installés sur l'îlet. Peu à peu, Caret reprenait vie. Les photographies personnelles, jointes en annexe, datent de 1997.

Malheureusement, l'îlet-paradis fut à nouveau assailli par la dépression Olga, en novembre 2001, dont la houle de nord arracha un pan de la digue nord-est. En quelques mois, 160 m² de sable furent emportés, des cocotiers chutèrent, les carbets submergés s'effondraient.

L'ONF et le Conseil Général viennent de décider de nouveaux travaux, en début 2003, après la période cyclonique qui commence.
Je vous promets de vous tenir au courant de l'avenir de cet îlet de rêve.


îlet de Carénage, au fond Sainte-Rose. Les photographies suivantes montre un autre îlet, l'îlet de Carénage, qui n'a jamais eu l'importance de l'îlet à Caret, mais qui se porte actuellement beaucoup mieux que lui. Après que ces images ont été prises, une interdiction totale d'y débarquer a sans doute participé à sa sauvegarde.
Tant il est clair que les hommes ne tuent pas seulement les animaux, mais également les îles !


Un chapelet d'îlets. Nature morte sur des îlets bien vivants.


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