L'excellent hebdomadaire de télévision guadeloupéen, SEPT MAGAZINE, nous annonce une nouvelle dont nous verrons ensuite quelques implications :
" L'équipe dirigée par Tiffany Czilli de Détroit (Wayne State University), a fait une expérience plutôt inhabituelle auprès de 25 familles comportant chacune au moins deux enfants de 6 à 15 ans. Les volontaires ont dormi avec le même maillot de corps pendant trois nuits consécutives, afin de l'imprégner de leur odeur naturelle. ……
Ils ont alors dû renifler deux tee-shirts, l'un porté par un des membres de leur famille, l'autre par un étranger au cercle familial. Pères et Mères ont été capables de détecter les maillots portés par leurs pré-adolescents, sans pour cela distinguer lequel de leurs enfants les avaient portés. Tous les enfants ont reconnu l'odeur de leur père, mais seuls les enfants nourris au sein et les plus âgés, entre neuf et quinze ans, ont pu reconnaître l'odeur de leur mère. Interrogés sur les effluves qu'ils avaient aimées, les participants à l'étude ont répondu qu'ils préféraient de loin les odeurs étrangères à leur famille.
Les mères, en particulier, n'ont pas apprécié l'odeur de leurs enfants et les enfants ont détesté l'odeur paternelle. La chercheur a conclu que cette aversion pour l'odeur de la famille proche pourrait-être un mécanisme de prévention de l'inceste. Elle relève que frères et sœurs n'aiment pas leurs odeurs réciproques, contrairement aux enfants de même sexe... "
Parmi les implications, sans doute nombreuses et importantes, de cette étude américaine, il en est une qui s'exerce sur une histoire qui a bercé nos enfances et continue à troubler nos inconscients : le mythe d'Œdipe.
Si ce bon vieux Sophocle avait connu Tiffany Czilli, il aurait évité d'écrire des fadaises et toute la psychanalyse en aurait été transformée.
Vous connaissez l'histoire ? Je vous la résume en deux mots : Œdipe roulait comme un jeune fou, ce qui est de tous les temps, quand, au carrefour de Delphes et de Daulis, il percute le char du vieux Laïos qui roulait pénard. Au lieu de s'excuser et de faire un constat à l'amiable, le jeune écervelé s'en prend violemment à ce vieux, sous prétexte qu'il n'aurait pas dû être là au moment où il ne fallait pas l'être. Ayant le sang chaud comme un Guadeloupéen plein de rhum, il trucide proprement le vieillard.
Hélas, Laïos était son père (dans le cas contraire Sophocle s'en serait fichu), son père qui l'avait éloigné de lui, tout bébé, pour échapper à une malédiction que lui avait racontée une Bohémienne, en lisant les lignes de sa main (ou quelque chose d'approchant). Suivant la Gitane (je jure que ce n'est pas une publicité pour une marque de cigarette !), le lardon, que Laïos venait d'avoir avec sa régulière, Jocaste, devait tuer son père et sa mère. Je vous passe les détails d'un infanticide manqué et voilà bien Laïos expédié al patres par son fiston.
Jusque-là, ça va ! Œdipe, interrogé plus tard, aurait déclaré : " Ce vieux, je ne pouvais pas le sentir ", ce qui explique qu'il n'ait pas reconnu son père à sa mauvaise odeur.
Mais, c'est la suite, qu'il faut remettre en cause. Quand, après un détour pas Delphes pour jouer aux devinettes, Œdipe se rend à Thèbes, tombe amoureux de Jocaste et l'épouse.
Vous me direz : épouser sa mère, passe encore dans une tragédie grecque, mais épouser une femme qui avait le double de son âge… Il faut dire que Laïos avait laissé un joli pécule à sa veuve, avec, entre autres, une place de roi. Œdipe, qui était au chômage, ne pouvait pas laisser passer un boulot pareil !
C'est là que Tiffany fout en l'air toute la vraisemblance de cette histoire qui, jusque là, était des plus classiques. Malgré toute sa bonne volonté à trouver un job, qu'Œdipe ait épousé une vieille qui aurait pu être sa mère, passe encore, mais une vieille dont l'odeur lui était insupportable, ça, je ne peux pas le croire !
Quant à Jobastre… Non, pardon, Jocaste, elle ne devait pas manquer de prétendants, des vieux et des jeunes, qu'elle aille justement choisir celui qui sentait le plus mauvais, ça m'épate !
Les pinailleurs diront qu'ils n'avaient vraiment le choix, ni l'un, ni l'autre, mais je n'en ai cure, on a toujours le choix !
Imaginez donc, disais-je, que Sophocle, connaissant les résultats de l'étude américaine, ait fait, de Jocaste, la belle-mère d'Œdipe, ce qui ne changeait pas grand chose au fil de l'histoire et voilà que mon vieil ami Freud n'avait plus qu'à changer de turbin !
Ce que notre charmante Tyffany (il faut être charmante pour avoir des idées d'études pareilles) ne nous a pas expliqué, c'est comment il se fait que ce sont dans les familles les plus modestes que l'inceste est le plus fréquent, alors que ce sont celles où l'on doit le moins abuser des déodorants !
Pour les pharaons, là, je comprends, c'étaient toujours dans l'eau ces bestiaux, ça se couvrait de toutes sortes de parfums, alors coucher avec sa sœur, pas de problème !
Bien qu'en y réfléchissant, les gens vraiment très modestes sont sans doute plus souvent en butte avec les mauvaises odeurs (Chirac la dit, c'est une référence !) et, incestueux ou pas, leurs rapports sexuels se font toujours avec une pince sur le nez.
Note de l'Éditeur : ce honteux passage sera censuré dans la version définitive !
Moi, qui ne suis pas chercheur à la Wayne (John ?) State University, j'avais l'impression que l'inhibition de l'inceste, quand elle existe, avait des origines beaucoup intellectuelles que chimiques. Le fait de connaître un enfant, dès son plus jeune âge, et de le voir grandir, jour après jour, permet de protéger non seulement ses propres enfants, mes ses neveux et ces nièces et même les enfants de ses amis, voire de ses voisins. Tant pis si ces derniers sentent particulièrement bon !
Tiffany va m'objecter qu'il faut ramener tout cela aux hommes les plus primitifs, bien avant Sophocle, ceux qui avaient plus de réactions instinctives que raisonnées. Dommage qu'elle ne puisse pas en attraper deux douzaines, avec leurs lardons, pour leur coller un tee-shirt qu'ils pourront ensuite renifler tout à loisir ! Cela permet… Non ! Il y a quelque chose qui cloche là-dedans. Je me demande si ces répulsions aux odeurs familiales n'ont pas une autre origine qu'un subtil mécanisme d'inhibition de l'inceste. Imaginez des hommes vraiment primitifs, de ceux qui ne réfléchissaient pas plus qu'un présentateur de télévision actuel, c'est tout dire ! Une maman homme très primitif (ou " femme ", si vous voulez), qui cherche son marmot dans une marmaille, en pestant parce qu'ils se ressemblent tous (les primitifs, c'est bien connu…)
NDE : attention ! Je t'ai à l'œil !
Elle les renifle, l'un après l'autre, puis, tout d'un coup, s'exclame dans sa tête (car elle n'a pas encore accès au langage, les hommes peut-être, mais les femmes…) : " Pouah ! Ce qu'il put celui-là. Un vrai régal, je le garde ! ".
Vous y croyez, vous, à un dialogue pareil ?
Note de l'Éditeur : ce que mon benêt de rédacteur a oublié de dire, c'est que l'étude de la Wayne State University, ne peut s'appliquer qu'aux Américains sur lesquels les tests ont été pratiqués. Un rapide sondage, auprès de mères européennes, montrent que, pour celles-ci, les odeurs corporelles de leurs rejetons ont une valeur affective incontestablement positive.
D'ailleurs, j'ai constaté, par moi-même, que mes propres odeurs de transpiration ne m'étaient pas désagréables. Or, plus proche parent que moi, je n'en ai pas !
Il est vrai que, pour ce qui est de l'inceste…
L'auto-inceste s'appelle bien masturbation, non ?