J'ai découvert, cette semaine, l'hebdomadaire satirique de la Guadeloupe, qui paraît le mercredi, " Le Mot Phrasé ". Sa devise : Ni Dieu, ni maître… Ni zo (os) !
Il en est à son 10° numéro. Longue vie à ce journal !
Pour ma part, je suis un peu hermétique à son humour, qui me semble être plutôt l'expression d'esprits partisans, nationalistes et racistes.
Je vais quand même vous donner quelques exemples. Je laisserai de côté les articles de politique locale, absolument incompréhensibles pour le non initié.
Voyons le Tour de Guadeloupe, la grande épreuve cycliste locale.
D'abord, il faut savoir que le vélo est le sport roi ici. C'est lui qui rafle (d'après les responsables des autres sports) 90% des subventions et autres budgets publicitaires des entreprises. Le paradoxe, c'est que les Guadeloupéens, magnifiques athlètes sur les stades, sont très médiocres dans ce sport. Pour animer leurs courses et pour émuler leurs sportifs, les dirigeants des clubs cyclistes attirent donc des " étrangers " : Colombiens, Belges, Polonais, voire Français de métropole.
Le Mot Phrasé (vous voyez un jeu de mot dans ce titre ?) semble s'indigner du fait que ce sont ces étrangers qui, non contents de coûter chers à leurs clubs, gagnent toutes les épreuves locales. Je cite : " Qu'en est-il des subventions octroyées pour mettre en place à terme un cyclisme d'identité guadeloupéenne si les formateurs (les étrangers) sont les gagnants ? Est-ce un abus de bien social ou un détournement ? "
Il est clair que si l'on interdisait le Tour de France aux étrangers, les supporters de Richard Virenque seraient plus souvent à la fête ! Une idée à suivre !
Plus grave : faisant un joyeux amalgame entre les familles nombreuses guadeloupéennes et les parents des voyous, le Mot Phrasé (je dois être bouché à l'émeri) annonce la fin de " l'argent braguette " (les allocations familiales, pour ceux qui sont aussi bouchés que moi). Il reproche vertement aux députés locaux d'avoir voté la " loi scélérate " qui veut supprimer les dites allocations aux familles modestes.
Je cite : " Dorénavant, si vous ne savez pas éduquer vos enfants comme de braves et honnêtes citoyens, il n'y aura plus d'argent de l'État. L'argent braguette, c'est fini ! Ainsi soit-il ! "
L'opposition entre les familles bourgeoises et bien pensantes et les familles modestes, sur le plan de l'éducation des enfants, me choque profondément. Ainsi, mon cousin Casimir aurait élevé ses enfants de façon bourgeoise, alors que sa solidarité de classe aurait dû le pousser à en faire des drogués et des voyous !
Il faut savoir que, beaucoup plus encore qu'en Métropole, la revendication sécuritaire est prioritaire en Guadeloupe, où notre Le Pen local (voir numéros précédents) a trouvé ses arabes dans les émigrés haïtiens. Les Guadeloupéens étant plus sages que les Français, Ibo Simon est loin des scores de son modèle métropolitain.
L'insécurité est bien moindre ici que dans les points chauds de Métropole, mais les Guadeloupéens, encore marqués par une civilisation traditionnellement centrée sur le respect des valeurs familiales, y sont plus sensibles encore que les Français moyens.
Le Mot Phrasé (je n'ai toujours pas trouvé) se déchaîne littéralement contre la dernière Miss Guadeloupe, qui a droit à deux articles très agressifs. La belle y est accusée d'être le produit d'une sélection élitiste, d'être célibataire et sans enfant ( ?), d'avoir fait des études supérieures, mais, surtout, d'avoir le teint clair et métissé, la chevelure importante et non grenée, le nez bien effilé… " Négresse au nez plat et san chivé, s'abstenir ! "
Mon confrère, au nom si subtil, n'a pas tord sur ces derniers points. Mais est-il naïf ou fait-il l'âne pour avoir du foin ? N'aurait-il pas compris que l'objectif de cette élection est de présenter une candidate au concours de Miss France, puis au concours de Miss Monde, et que la candidate, pour avoir une chance de triompher, devra posséder les critères beauté qui ont cours actuellement au niveau international ? Qu'il aille jeter un coup d'œil sur les sites érotiques, aux images dites " de charme (je ne parle pas de l'affreuse pornographie)" des femmes africaines. S'il en trouve une qui est noire de peau, qu'il me fasse signe ! De toute façon, le Comité Miss France, même s'il a un beau chapeau et envahit quotidiennement, ou presque, nos petits écrans, n'a rien d'officiel. Personne n'empêche les Guadeloupéens d'élirent une Miss Guadeloupe qui leur ressemble (il ne faudra peut-être pas oublier les autres ethnies, largement représentées ici, au-delà des femmes d'origine africaine). Encore faudrait-il que les Guadeloupéens n'aspirent pas, de façon universelle, à posséder (directement ou indirectement) les fameux critères que le journal rejette !