Tout commence plusieurs siècles avant notre ère, lorsque des populations, dont nous ne connaissons rien, arrivent en Guadeloupe, en provenance de la Guyane et du Venezuela. On les appelle Proto-Arawaks, sans doute sont-ils des Ciboneys, qui ont été les premiers occupants de Cuba et de Haïti.
Leur seule trace connue est une tombe trouvée récemment au Moule, au Nord de Grande-Terre.
Aux premiers siècles de notre ère, apparaissent les Arawaks, un peuple de marins qui occupe les zones côtières. Ils vivent de la pêche, de la culture du manioc et de la cueillette. Ils savent faire de belles céramiques, vernissées et colorées. Sans doute viennent-ils aussi du continent proche.
Puis, voilà les Caraïbes qui, à leur tour, partent du continent et commencent à remonter l'arc des Petites Antilles, vers l'an 850. Vers l'an 1.000, ils arrivent en Guadeloupe.
Meilleurs guerriers et de mœurs plus rudes que leurs prédécesseurs, les Caraïbes ont vite fait de les anéantir. Ils tuent impitoyablement les hommes, mais pas les femmes, qui assurent le métissage et le maintien de la langue arawak. Ces conquérants connaissent une anthropophagie rituelle, somme toute assez banale à l'époque, mais qui servira de prétexte aux Espagnols, plus tard, pour les massacrer sans état d'âme.
Les Espagnols arrivent le 4 novembre 1493. Au cours de son deuxième voyage, Christophe Colomb, après avoir découvert la Dominique, débarque au sud de Basse-Terre, à Capesterre. Sans s'inquiéter de savoir si l'île avait déjà un nom, il la baptise Guadalupe, en hommage à Santa Maria de Guadalupe de Estremadura. Les Caraïbes la connaissaient, depuis des siècles, et sans doute les Arawaks avant eux, sous le nom de Caloucaéra.
Le Père Raymond Breton, un dominicain français, qui vécut quelques années en Dominique, au milieu du XVII° siècle, parmi les Caraïbes, écrivit un dictionnaire caraïbo-français. Il nous indique que " acaéra " signifie île ou pays et que "calou" évoque de belles eaux, sans toutefois nous préciser comment se dit " eaux ", ni " belles ". J'offre une belle coquille de lambi vide à celui qui me donnera la solution.
Bon, puisque personne ne veut de ma belle coquille, voilà la solution : les Arawaks utilisaient le mot "calou" pour désigner les eaux claires, comme les arabes appellent "ain" une source et "sekkia" une eau de source potable. "Calou" ne se décompose donc pas.
Le nom de Caloucaéra est donc la transcription phonétique (les Indiens ne connaissaient évidemment pas l'écriture, sinon on en saurait beaucoup plus sur eux) du nom que donnaient, à la Guadeloupe, les Caraïbes. Le père Breton le fit, naturellement, sur une base latine. La version créole, Karukera, que les Créoles préfèrent aujourd'hui, est beaucoup plus récente et est, elle-même, une transcription phonétique modifiée du nom latin initial. Ses consonances plus rugueuses ne la rendent pas plus proche du nom arawak, au contraire.
Les Espagnols, qui connaissaient déjà les Grandes Antilles et qui allaient bientôt découvrir le continent américain, abandonnent très vite les Petites Antilles aux Indiens caraïbes.
Pendant plus d'un siècle, seuls quelques marins en quête d'eau fraîche abordent nos rivages. Ainsi, la rivière de Basse-Terre s'appelait-elle " la rivière de la Pointe des Galions ". La plupart des visiteurs sont des flibustiers, traquant les riches navires espagnols de passage.
En 1620, les premiers colons anglais débarquent en Amérique du Nord. Simultanément, les Anglais s'emparent de la Barbade, de Nevis, de Montserrat et d'Antigua. En 1621, les Hollandais commencent leurs propres conquêtes : Saint-Martin, Saint-Eustache, Aruba, Bonaire, puis Curaçao en 1634.
Les Français devaient se dépêcher pour n'être pas en reste. Ce fut pourtant par hasard que leur implantation aux Antilles commença.
En 1623, un Anglais, le capitaine Warner, s'installe sur l'île de Saint-Christophe pour s'y mettre à l'abri des Espagnols. Il est rejoint par un corsaire français, du nom d'Esnambuc, qui, avec son collègue du Rosney, vient d'attaquer les Espagnols et doit réparer son bateau qui a subi des avaries.
Esnambuc s'entend avec les Anglais pour se partager l'île. Il se rend en France pour obtenir l'aval du pouvoir royal. Richelieu lui accorde sa protection et accepte la création d'une Compagnie de Saint-Christophe, chargée d'exploiter la nouvelle colonie.
Une dizaine d'années plus tard, Richelieu, dont le pouvoir s'est raffermi, donne un nouvel élan à l'implantation des Français dans les Petites Antilles. La Compagnie des Iles d'Amérique est créée, en 1635, pour remplacer celle de Saint-Christophe. L'objectif est de s'emparer de la Guadeloupe, de la Dominique ou de la Martinique. La compagnie cède l'exploitation de ses privilèges à d'Esnambuc, qui demande à l'un des ses fidèles, Liénart de l'Olive, de s'emparer de l'une de ces îles. Liénart s'associe à un jeune gentilhomme nommé du Plessis, qui devient son second.
Après une reconnaissance et une escale en Martinique, la Guadeloupe est choisie, où ils arrivent le 28 juin 1635. Ils débarquent à l'actuelle Sainte-Rose, au nord de Basse-Terre.
Esnambuc, peu satisfait de l'action de Liénart, refuse de l'approvisionner et débarque en Martinique, en juillet 1635, pour la coloniser. Il est à noter que, dès l'origine, une rivalité s'installe ainsi entre les deux îles proches.
Pendant ce temps, la colonie Guadeloupéenne, non ravitaillée par Esnambuc, souffre cruellement de la famine. Sans l'aide spontanée des Indiens, qui les ravitaillent plusieurs fois, les colons seraient certainement morts de faim. Les malheureux Caraïbes n'allaient pas être payés de gratitude.
Le 6 janvier 1638, Longvilliers de Poincy, commandeur de l'Ordre de Malte, est nommé gouverneur des îles d'Amérique. Il séjourne d'abord à Saint-Christophe, puis décide de faire, de la Guadeloupe, la capitale des îles du Vent.
En 1641, après de nombreux accrochages avec les colons, les Caraïbes acceptent de se retirer sur la Dominique. Ce traité de paix est le véritable acte fondateur de la nouvelle colonie, qui démarre ainsi sous de bons auspices.
La Martinique ne se "débarrassera" de ses derniers Indiens qu'en 1658. En 1660, les îles de la Dominique et de Saint-Vincent furent reconnues comme propriétés des Caraïbes, ce qui ne régla que bien provisoirement leurs problèmes de survie.