La libre littérature française des Amériques







MAIS QU'ALLAIENT-ILS FAIRE DANS CETTE GALERE ?

Je profite de la mise en ligne d'une œuvre majeure du poète Bagdad Maata, pour aborder le même sujet que lui : la remise en cause de l'Histoire telle qu'on l'enseigne dans les écoles occidentales. Rassurez-vous, je ne vais pas tenter de le faire en alexandrins, comme lui ! Je n'ai pas son talent.
J'en profite, également, pour répondre à une sollicitation de mon ami Alexandre, qui me pousse à parler de mon livre historique dans ces colonnes, alors que cela n'est généralement pas le lieu pour le faire.
La conjugaison de ces deux motivations m'amène à parler d'une vieille affaire, qui s'est déroulée au XVI° siècle, bien loin des Antilles, mais qui a certainement encore beaucoup d'influence sur le monde occidental, en général, et sur le monde méditerranéen, en particulier.

En 732, Charles Martel arrêta les Arabes à Poitiers. En 1571, Don Juan d'Autriche, à la tête d'une coalition de navires chrétiens, arrêta la progression des Turcs en Méditerranée, par la célèbre victoire de Lépante. Ces litanies scolaires sont connues de tous et rarement remises en question, pourtant une, au moins, est fausse, la seconde.

Lépante fut effectivement une immense victoire chrétienne sur les flottes turques et algéroises réunies. La flotte turque fut complètement anéantie, la flotte algéroise fut miraculeusement sauvée par son amiral, le fameux Euldj Ali. Pour la petite histoire, il faut savoir qu'il y avait, à Lépante, du BON côté, trois galères du Comté de Nice et deux galères monégasques.

--- Non ! Stéphanie n'était pas à Lépante, ni elle, ni son garde du corps.

Je vous jure, il y en a qui se foute du XVI° siècle comme de l'an 40 ! Pourtant, c'est à cette époque que François I° signa les fameuses Capitulations, qui firent, de la France, un allié privilégié des Turcs et des Arabes, en général, pour plusieurs siècles. Coup de chance, les Français n'étant pas en guerre avec l'Espagne, au moment de Lépante, la flotte française de Méditerranée (fort modeste) ne fut pas emportée par la débâcle ! Ce qui permet à nos bons enseignants de dire à leurs potaches : " On te leur a foutu une de ces pâtée ! ", alors que l'on faisait officiellement partie du camp des perdants.

--- Bon d'accord ! Mais on était chrétien quand même et les chrétiens ont gagné ! On a gagné ! On a gagné !

Après la dernière coupe du monde, vous remarquez comme ce chant est devenu moins populaire !

Si Lépante était une victoire écrasante des bons sur les méchants, où est le problème ? Le problème est dans la seconde partie de l'antienne. La victoire de Lépante n'a strictement servi à rien, si ce n'est à faire perdre un bras à ce pauvre Cervantès, qui devint désormais le manchot de Lépante.
Ce qui a arrêté la progression des Turcs en Méditerranée, c'est une victoire turque ou, plutôt, une victoire algéroise !

En un hiver, la flotte turque fut reconstruite (pas loin de 300 navires !) et comme Euldj Ali était devenue Ministre de la Mer de l'empire ottoman, il la modernisa considérablement, en la faisant reconstruire sur le modèle de celle des barbaresques d'Alger.
Il faut savoir, qu'à Lépante, les Turcs utilisaient encore des arcs et des flèches, alors que les Chrétiens les canardaient avec des armes à feu.

--- Oui, comme au Far West mon vieux ! Les Turcs étant les Indiens.

Euldj Ali, qui avait tout compris avant l'heure, fit de ses galères des armes de guérilla, alors que les Chrétiens construisaient de lourds navires, très peu manœuvrant.
Le bon Euldj avait tellement tout compris, qu'il chercha pendant des années à convaincre les Égyptiens de creuser le canal de Suez, trois siècles avant Ferdinand de Lesseps !

L'été suivant, quand on remit cela, la donne n'était plus la même. Le vieil Ali Pacha, qui était marin comme un homme des steppes peut l'être, fut remplacé par le rusé Euldj Ali, marin de père en fils depuis maintes générations.
Les frustes galères turques étaient devenues de redoutables engins de combat, très rapides.
Euldj Ali, en bon corsaire, était économe de ses hommes et de ses bateaux. Alors que les amiraux turcs et chrétiens faisaient manœuvrer leurs galères comme des régiments de fantassins (comme en 14, avec les tranchées en moins !), lui, la leur jouait tout en finesses stratégiques, la technique du harcèlement, pas moins. Résultat, jamais de combat, ou très peu, et des ennemis qui enragent sans jamais pouvoir utiliser leurs lourdes artilleries.
Sans livrer combat, avec une flotte beaucoup moins puissante que celle de ses ennemis, Euldj Ali remportait, devant Modon, une très grande victoire. Au mois de mars de l'année suivante, les Vénitiens, écœurés, signaient une paix séparée avec la Sublime Porte. Ils acceptaient définitivement la perte de Chypre et s'engageaient à payer une indemnité de trois cent mille ducats.
Le sultan, Selim II, pouvait déclarer : "À Lépante, Venise m'a fait la barbe, qui depuis repousse, mais, avec cette paix, je l'ai amputée d'un bras qu'elle ne pourra jamais remplacer."
Le retrait progressif des Vénitiens, de la partie orientale de la Méditerranée, avait rassasié la soif de conquêtes des Turcs dans cette partie du monde et ils purent s'intéresser à d'autres horizons. Leurs voisins perses devinrent leur principal sujet de préoccupation.

Ce n'est donc pas une défaite qui stoppa la progression des Turcs en Méditerranée, mais une fabuleuse et paradoxale victoire, qui eut lieu l'année suivante de Lépante, en 1572.
La propagande organisée par Don Juan, le demi-frère de Philippe II d'Espagne, porte encore ses fruits, quatre siècles après que la victoire inutile de Lépante ce soit produite.

Là je vous l'ai faite courte, si vous voulez la version longue, reportez-vous aux 600 pages de " Fartas, le dernier roi d'Alger ".



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