La libre littérature française des Amériques







DECALAGE HORAIRE.

Un ami me demandait récemment, sur Internet, quel est l'effet du décalage horaire sur ma vie en Guadeloupe.

Cette question peut sembler stupide, la poserait-on à un aborigène d'Australie ? En fait, comme je ne suis pas un aborigène et comme je ne vis pas en Australie, il se trouve qu'elle est très pertinente.

Sans doute parce que j'ai vécu l'essentiel de ma vie en France, le décalage horaire a un effet troublant sur mon subconscient. Tout en vivant profondément implanté dans le milieu local, je ne peux pas me détacher complètement des informations en provenance de la métropole.
Quand je me réveille le matin, il est déjà midi en Europe. A sept heures, au moment de mon petit-déjeuner, je regarde le journal de 13 heures en direct. Je découvre alors que les autres, là-bas, ont vécu la moitié de la journée sans moi. Je me sens un peu exclu de leurs existences.

C'est pourtant le soir que mes impressions sont les plus curieuses. Je m'installe devant mon ordinateur quand la nuit tombe, peu après 18 heures. Pour des raisons pratiques, j'ai laissé la montre de mon appareil à l'heure de Paris. Je peux donc constater que, là-bas, la plupart des personnes dorment déjà.
Quand Patricia m'appelle pour prendre le thé, à 19 heures, il est une heure du matin en Europe.
A mesure que l'heure avance et que je traite le courrier de ma messagerie, une sorte de distanciation se produit dans mon esprit. J'ai progressivement l'impression d'être installé quelque part dans l'espace, au-dessus de la France endormie, et d'observer celle-ci, comme un astronaute dans son satellite. La nuit, le silence de ma chambre, le surf sur Internet, tout se conjugue pour renforcer cette impression. En fait, je suis en train de vivre les six heures que j'ai perdues ce matin. Comme si un arbitre, constatant ma perte, m'avait accordé le droit de continuer à vivre pendant la " petite mort " des autres. Comme un joueur de football qui serait autorisé à jouer seul, au-delà du coup de sifflet final.

Si avec cela je ne finis pas barjot… !



Numéro suivant

Retour à la page index

Retour au Site Portail : caloucaera.net