Il est des hommes qui nous rendent fiers de faire partie de leur espèce. Dans ce monde où les détraqués congénitaux ou fanatisés sont légion, où la stupidité le dispute à la vulgarité sur les médias, quelques claires figures illuminent la pensée humaine et, bien qu'ils soient, pour la plupart d'en nous, aussi lointains que l'astre des nuits, nous font espérer en l'avenir de l'humanité.
Stephen Jay Gould était l'un de ceux là. Il vient de décéder après avoir lutté, pendant 20 ans, contre un cancer qui ne lui accordait que huit mois d'espérance de vie.
Ce brillant paléontologue américain n'était pas à un paradoxe près, celui qui faisait la fierté de beaucoup de ses semblables, ne leur a-t-il pas appris qu'ils n'étaient qu'un détail de l'évolution, un accident cosmique, les fruits inattendus du hasard, de la nécessité et de l'adaptation !
Ce grand provocateur érudit eut toujours raison contre la masse des scientifiques moutonniers, mais nous laisserons de côté sa carrière scientifique sans faille, pour retenir uniquement qu'il était le meilleur champion des anti-créationnistes. Sa fameuse phrase, que j'ai placée en exergue, il l'a prononcé en 1999, quand l'état du Kansas bannissait la théorie de l'évolution de l'enseignement obligatoire des sciences. Il prenait ainsi à témoin l'héroïne du magicien d'Oz, originaire de cet état, sur le fait que le Kansas était réellement coupé de toute civilisation et bel et bien soumis aux caprices de quelque puissant magicien.
A l'heure où le président W. Bush, qui se veut le champion de l'anti-fanatisme musulman, se dit favorable à ce que l'on enseigne la Genèse, en même temps que la théorie de l'évolution, la partie rationnelle de l'humanité, qui semble se réduire comme peau de chagrin, a perdu l'un de ses plus brillants défenseurs.
Le vingt-et-unième siècle sera-t-il celui du retour aux obscurantismes ? Dans une région où les Témoins de Jéhovah, par ailleurs de charmantes personnes, affichent leur puissance par la présence de leurs temples dans le moindre bourg, on pourrait le craindre !