Cette quinzaine, nous avons le plaisir de recevoir Cécile et Frédéric, de Lièges, qui viennent en voyage de prospection (et en vacances, naturellement) en vue d'une éventuelle installation en Guadeloupe.
Pendant plusieurs semaines, avant leur départ, la pétillante Cécile m'avait posé des questions auxquelles le Petit Journal n'apportait pas de réponse précises. C'est avec plaisir que je lui ai fait profiter de ma modeste expérience.
Comme beaucoup de Belges, nos jeunes tourtereaux (25 ans, pour Cécile) sont en quête de soleil. Cécile étant en cours de formation, pour l'obtention d'un métier très pointu, et son compagnon étant un bourreau de travail, je leur ai clairement déconseillé de s'installer aux Antilles. Ma conviction profonde est que, dans les pays tropicaux, le travail se révèle vite être un mal nécessaire, ce qui n'est pas très motivant pour des jeunes qui veulent s'investir dans leur emploi. Ces pays sont donc à déconseiller aux jeunes gens qui ont un bon métier et des ambitions professionnelles. Laissons les emplois locaux aux jeunes diplômés locaux, auxquels je conseillerais pourtant, également, de compléter leur formation par une période d'activité en Europe. Certes, un séjour de plusieurs années en région parisienne ne sera pas une sinécure pour eux, mais ils y enrichiront considérablement leur expérience du vécu (ils découvriront ce qu'est un pull-over) et se formeront de bonnes bases professionnelles.
Plus sérieusement, je crois que la connaissance de la Métropole ou d'un autre pays européen, ouvre les yeux des Antillais sur les réalités économiques de leurs îles, en leur faisant prendre conscience de l'absurdité des rêves d'indépendance, qu'agitent certains groupuscules formés d'individus aux idées simples et perverties. Plus d'autonomie, plus de responsabilités aux politiques locaux, pourquoi pas ? Mais attention à la qualité de ceux-ci. La régionalisation, c'est aussi le règne des Petits Potentats locaux, en Guadeloupe comme dans le Var. Pour réussir, elle demande une prise de conscience des électeurs et la mise en œuvre des forces vives régionales, pas seulement des politicards !
Pour une fois, je suis d'accord avec Bernard Tapie (un orfèvre en la matière) quand il dit que l'on a déjà beaucoup de mal, en recrutant dans toute la France, à réunir deux chambres de personnalités valables et qu'il est vain d'espérer faire de même dans chacune des régions. Circonstances aggravantes : la Réunion, la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe (je ne parle pas de Mayotte et de Saint-Pierre et Miquelon) ont la taille, sur le plan humain, de modestes départements français, bien qu'on les ait baptisés régions.
Est-ce à dire que l'on ne peut pas apprendre à bien travailler, aux Antilles ? Je ne voudrais vexer personne, mais je crains que les exigences professionnelles, de base, n'y soient pas tout à fait au standard européen ! Vous me direz que je me contredis moi-même, puisque j'ai affirmé que toutes les entreprises artisanales, intervenant dans la construction de mon bungalow, (à une exception près) étaient rigoureuses et compétentes. La contradiction n'est qu'apparente, puisque tous les chefs de ces entreprises (à une exception près) avaient travaillé en Métropole. Je fais travailler, depuis plusieurs mois, un métallier, Monsieur ROZAS, qui, pas très jeune et seul dans son atelier, réalise des merveilles. Je ne crois pas que l'on puisse faire mieux sur le plan de la compétence et sur celui de l'honnêteté, mais combien de scories faut-il écarter pour conserver le diamant précieux, surtout si l'on s'adresse aux Métros !
Les Belges trouveront, sur la Côte d'Azur, le soleil et un environnement de vie et de travail pas trop dépaysant !
Aux Antilles, il faut venir en préretraite ou en retraite. Les chômeurs diplômés locaux en seront d'ailleurs ravis.