Son estomac le précède, carte de visite imposante de sa bonhomie, mais c'est son regard que l'on croise en premier, deux yeux perçants qui fouillent l'âme de celui qu'il rencontre. Son abord est jovial, mais sa stature de lutteur et la flamme noire qui habite ses yeux incitent à la prudence, son sourire enjoué cache une inquiétude qui peut se transformer en violence.
De son passé de marin, il a rapporté milles récits épiques, qu'il déclame avec un art consommé de conteur. Avec lui, la moindre aventure, que d'autres ne feraient qu'entrevoir, devient une odyssée. J'aime à le regarder et à l'entendre parler. Le spectacle est complet : il raconte, mime et bruite ses histoires avec talent.
Sur tous les sujets, il est intarissable, mais la marine (la Royale, bien sûr), la chasse, la pêche, les voyages, les plantes, fournissent ses morceaux de bravoure. Interrogez-le sur un parasite des plantes et vous entendrez le ver déguster le malheureux arbuste, dont la douleur est poignante ; le pulvérisateur vengeur asperger l'insolent et celui-ci périr, enfin, dans d'affreuses convulsions. Avec lui, un conseil horticole devient un drame shakespearien.
Prompt à nouer des contacts, c'est un séducteur d'instinct. Sa lourde silhouette dissimule un tact et une finesse qui ne laissent pas indifférents les hommes et les femmes qu'il charme. Il est né pour être un ami fidèle et attentif, comme d'autres sont irrémédiablement des " petits cons " !
Sa passion pour ses filles, qui l'adorent, est touchante à voir et sans doute parfois difficile à supporter pour celles-ci. Comme ce n'est pas l'homme des demi-mesures, l'amour, avec lui, n'est jamais chiche mais toujours exubérant.
J'espère que ce bref portrait aura laissé transparaître toute l'affection que j'ai pour ce costaud au cœur tendre.
Mais qu'est-ce que les " Blancs-Pays " ou " Créoles " ? C'est une appellation qui regroupe plusieurs catégories de blancs très différentes entre elles : les Békés, planteurs ou ancien planteurs utilisateurs d'esclaves, rares en Guadeloupe du fait de l'action de la guillotine sous la révolution (qui épargna la Martinique) ; les Blancs-Matignon, paysans pauvres des Grands-Fonds, d'origine noble et mystérieuse ; Les Saintois et les Saint-Barth, descendants de pêcheurs bretons et normands, qui occupèrent les îles non propices à la culture de la canne à sucre. La Guadeloupe étant pauvre en Békés, grands propriétaires terriens en Martinique, on assimile à ce groupe qui occupa l'île avant l'esclavage, les familles implantées depuis plusieurs générations et qui ont généralement prospérées dans l'industrie et dans le commerce. Il n'y a pas foule dans ce club, quelques dizaines de familles, tout au plus, qui sont, aux Békés, ce que la noblesse d'empire fut à la noblesse royale.
Il faut rajouter, à ces " blancs ", les Libanais et les Syriens, qui détiennent la majorité des commerces de bijoux et de tissus de l'archipel, et les Métropolitains, ou Métros, catégorie qui demande une analyse plus détaillée, à venir.