Aussi paradoxal que cela paraisse, si l'on entend Dieu au sens actuellement admis par les trois grandes religions du Livre, la réponse est : NON !
Les études critiques récentes de la Bible et les dernières découvertes archéologiques faites en Israël, le prouvent amplement.
Moïse croyait que l'un des dieux, nommé Iahvé, avait choisi entre tous les peuples celui des Israélites, appelés aussi les Hébreux, pour le favoriser de préférence aux autres nations.
En un mot, Moïse n'était pas monothéiste, mais monolâtre !
Voilà le grand mot lâché : la monolâtrie. Ne le cherchez pas dans les dictionnaires, il n'est connu, pour l'instant, que de quelques spécialistes. Parmi eux Jean Soler, dont le dernier livre : " L'invention du monothéisme ", sort, aux Éditions de Fallois, avec la caution de Jean Perrot, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien directeur de la Mission archéologique française en Israël et en Iran, fondateur du Centre de recherche français de Jérusalem.
La monolâtrie était commune à l'époque de Moïse et, bien au-delà, dans des époques plus récentes. Les Assyriens étaient les fidèles du dieu Assur, les Hittites du dieu de l'Orage, les Babyloniens du dieu Marduk et chacun de ses peuples croyait que d'autres dieux (ou hélohims) existaient, mais avait fait le choix de l'un d'entre eux pour le protéger, en espérant que celui-ci était le plus puissant de tous. Si les Israélites était le peuple élu de Yahvé (en fait c'est plutôt de l'inverse qu'il s'agit), les Assyriens étaient le peuple élu d'Assur.
Tout au long de la Bible, quand on débarrasse le texte initial des multiples corrections, qui ont été effectuées au cours des siècles pour que le texte admis corresponde étroitement avec la pensée religieuse du moment, on voit apparaître la présence d'autres dieux, en Israël, simultanément à Yahvé, mais à un degré hiérarchique moindre. Baal, l'un des grands dieux, avec El, des pays cananéens, et surtout Ashéra, le pendant féminin de Yahvé, qui bénéficiait d'un culte, dans le sanctuaire même de Yahvé, à Jérusalem. Ainsi David, le roi exemplaire, avait baptisé son fils, né à Jérusalem, Baalyada (Baal sait) et plusieurs inscriptions " par Iahvé et son Ashéra " ont été découvertes en Judée.
Vous me direz, quel est l'intérêt actuel de cet éclairage nouveau porté sur des événements aussi anciens ?
Ce qui me semble essentiel, dans tout cela, c'est la remise en perspective historique que cela apporte. Mon esprit simpliste avait toujours été étonné par les différences trop importantes qui existaient, dans la version officielle du temps de ma jeunesse scolaire, entre les pensées religieuses antiques. Alors que le peuple de Moïse était censé adorer un dieu monothéiste, à l'époque de Ramsès II, c'est-à-dire près de 20 siècles avant Jésus-Christ, nos abrutis de Grecs et de Romains, dont pourtant nous tirons l'essentiel de notre civilisation actuelle, croyaient encore à un florilège de dieux pittoresques, quatre siècles avant, voir même après la naissance de Jésus-Christ !
Je suis rassuré par l'idée, que le peuple d'Athènes, qui avait choisi la déesse Athéna comme dieu tétulaire, était ni plus ni moins monolâtre que le peuple juif !
D'autre part, la notion de " peuple élu " me semble aussi dangereuse, pour l'unité morale de la race humaine, que celle de " race élue ", chère à Jean-Marie. Replacer l'évolution spirituelle des hommes dans sa continuité, est aussi important que de replacer, dans leurs perspectives, leurs adaptations biologiques à leurs environnements !
Oui mais, vous me direz : pourquoi Yahvé a-t-il eu la chance de donner naissance à Dieu, alors qu'Assur a disparu dans les oubliettes de l'Histoire ? La réponse est simple, à cause des hasards mêmes de cette Histoire !
Le grand peuple assyrien a disparu, alors que le petit peuple juif existait toujours, quand l'un de ses rabbins, nommé Jésus, tentait de nettoyer le Temple de ses marchands. Plus tard, un jeune commerçant, nommé Mahomet, rencontrait, au cours de ses voyages professionnels, des populations juives et des populations chrétiennes, dont il pouvait étudier, à loisir, les religions.
Et le petit dieu Yahvé, dont les fidèles furent écrasés successivement par ceux du puissant Dagon (dieu choisi par les Philistins qui s'emparèrent de l'Arche d'Alliance) et du puissant Kémosh (dieu choisi par les Moabites), s'en est fort bien tiré, puisqu'il s'est mué en ce Dieu, seul et unique, des trois religions du Livre.
REMARQUE FINALE : chers amis croyants, ne voyaient pas, dans ce texte, un quelconque blasphème. Il ne faut pas confondre l'existence de Dieu, qui n'est à aucun moment remise en cause dans ces lignes, et les péripéties que connut l'esprit humain dans sa quête de Dieu !