Lundi 8 avril, 8 heures 30 - Départ d'English Harbour après avoir effectuer les formalités administratives auxquelles les autorités locales sont très attachées.
Nous mettons le cap au 290, en direction de l'île de Nevis. Le vent est très variable, de 5 à 25 nœuds, ce qui nous procure une vitesse sur le fond de 6 à 12 nœuds. La mer est formée, les vagues arrivent par le travers arrière.
En chemin, Jean-Louis pêche un beau thazar d'environ trois kilogrammes. Il sera prestement préparé pour alimenter nos prochains repas. Dès midi, nous consommerons des filets crus, marinés au jus de citron. Dominique fait la fine bouche, ce qui augmente nos parts, que nous mangeons avec délice.
Au cours de notre navigation, nous passons devant Redonda, un gros caillou abrupt de 300 mètres de haut et de 2 km², situé à 9 milles dans le Nord de Montserrat.
Ce gros rocher inhospitalier est l'objet d'une curieuse histoire. En 1865, on y découvrit un gisement de phosphate, dont l'exploitation peupla l'île de dizaines d'ouvriers. La même année, un Irlandais original, de Montserrat, annexa ce minuscule territoire, qu'aucun pouvoir n'avait encore revendiqué. 15 ans plus tard, il y fit sacrer son fils unique " Roi de Redonda ".
Le mythe de ce royaume devait se poursuivre jusqu'à nos jours. Le premier roi étant mort, une confrérie continua d'en élire un parmi ses membres, perpétuant l'existence fictive de cet empire fantoche. La société minière, que ce mythe n'avait pas troublée, exploita le gisement jusqu'au début du XX° siècle.
À 17 heures 30, nous mouillons l'ancre devant une belle plage bordée de cocotiers, après avoir dépassé Charlestown, la capitale de Nevis, une vieille ville coloniale aux maisons multicolores.
Au cours de la nuit, le vent se lève et la pluie commence à tomber violemment.
La petite île de Nevis (90 km², 10.000 habitants) connut sa période de prospérité au XVIII ° siècle, on l'appelait alors la " Reine des Caraïbes ". Elle était couverte de plantations et de riches domaines, qui ont disparu aujourd'hui.
Horatio Nelson y épousa, le 11 mars 1787, une jeune veuve de l'île. Alexander Hamilton, futur fondateur des U.S.A, vit le jour à Charlestown, le 11 janvier 1757.
À cette époque, Nevis était connue, jusqu'en Europe, pour ses sources d'eaux chaudes sulfureuses, aux effets vivifiants.
Aujourd'hui, toutes ses splendeurs ont disparu. Certains voyageurs se sont même plaints du mauvais accueil des habitants et de l'insécurité de l'île.
Mardi 9 avril, 6 heures 30 - Nous quittons le mouillage avec un ris dans la grand voile. Dans la passe, entre Nevis et Saint-Kitts, des rafales de vent à 38 nœuds, venant de la direction que nous devons prendre, un grain de pluie cinglante et une mer noire et hachée, nous obligent à prendre un deuxième ris. Nous décidons de naviguer sous le couvert des îles.
Après quelques dizaines de minutes de galère, nous décidons de chercher provisoirement refuge devant une petite plage de la presqu'île Sud de Saint-Kitts.
À ce régime là, ce n'est plus de la plaisance !
Notre premier mouillage étant inconfortable, nous décidons de lever l'ancre et de nous diriger vers Basse-Terre, la capitale de l'île, devant laquelle nous espérons trouver un meilleur abri.
Ce fut effectivement le cas, bien que l'environnement industriel du mouillage ne fusse pas très romantique.
Le vent continuant à souffler par rafale, vers 16 heures, notre ancre finit par déraper. C'est pourtant une Britany de 16 kg, faite pour un bateau de 12 mètres, mais avec deux coques de 12 mètres ? Nous empennelons une seconde ancre devant la première et mouillons 30 mètres de chaîne dans une profondeur de 3,50 mètres. Dans ses conditions, plus aucun risque de dérapage. Jean-Louis décide de conserver cet appareil jusqu'au bout de son voyage, par mesure de sécurité.
L'île de Saint-Kitts, ou de Saint-Christophe, alors très fertile, fut " l'île mère " des implantations françaises et britanniques dans les Petites Antilles. Ces deux nationalités se la partagèrent pendant quelques temps, en chassant ensemble les Indiens Caraïbes et les Espagnols.
Côté français, le Chevalier Lienard de l'Olive et le sieur Duplessis d'Ossonville s'installèrent en Guadeloupe, le Normand Belain d'Esnanbuc conquit la Martinique.
Louis XIV céda la partie française de Saint-Christophe aux Anglais, en 1713. Ce qui n'empêcha pas des troupes françaises de revenir, en 1782, prendre d'assaut le célèbre fort de Brimstone Hill, surnommé le " Gibraltar des Antilles ". La défaite de l'amiral de Grasse, aux Saintes, devait permettre aux Anglais de revenir définitivement, l'année suivante.
La fédération Saint-Kitts - Nevis a obtenu son indépendance en 1983.
Mercredi 10 avril, 6 heures 30 - Nous levons nos ancres et hissons la voile avec un ris. Quelques minutes plus tard, Jean-Louis enlève le ris. Nous longeons l'île en direction du Nord-Ouest. Avec 15 à 20 nœuds de vent, le bateau file entre 5 et 7 nœuds.
Saint-Kitts nous apparaît comme une île propre et bien cultivée. Les maisons sont d'apparence européenne et semblent être bien entretenues.
Vers 8 heures 30, nous passons devant le Gibraltar des Antilles, une redoutable forteresse qui semble être encore en très bon état. Malgré l'absence de plage, l'île nous apparaît sous un jour sympathique.
Avec des rafales de vent jusqu'à 30 nœuds, au grand-largue, le catamaran glisse rapidement sur une mer plate.
Au-delà de Sandy Point, passant entre Saint-Kitts et Statia (Saint-Eustache), nous mettons le cap sur le plein Nord, en direction de Saint-Barthélemy. Dans la passe, les conditions commencent à se détériorer. Nous avons, à présent, les rafales de vent à 30 nœuds dans le nez, avec une mer très hachée qui fait souffrir le bateau et son équipage. Des grains très violents viennent bientôt s'ajouter à la fête, déterminant Jean-Louis à affaler et à achever le parcours au moteur.
Statia (21 km², 1.500 habitants), après le Français et les Anglais, fut colonisée par des Juifs hollandais, qui construisirent le fort Oranje. Au cours de la Guerre d'Indépendance des États-Unis, ce port franc fut surnommé le " Rocher d'Or " en raison de la richesse de ses 10.000 habitants. Le 16 novembre 1776, Oranjestad fut la première ville à saluer, avec les canons de son fort, le jeune pavillon d'un bateau américain.
En 1781, l'amiral anglais Rodney vengea cet affront pour l'Angleterre en pillant complètement l'île. Ce fut le début du déclin de celle-ci.
Nous arrivons enfin devant Gustavia, la capitale de Saint-Barth, sous un pâle soleil. Cette ville française, qui se donne des airs de ville suédoise, a-t-elle encore des secrets à nous livrer ? Nous le saurons bientôt.