Ce numéro ne sera pas consacré à la géographie physique, mais à la géographie humaine de mon beau pays.
J'ai déjà eu à plusieurs reprises l'occasion de dire combien les Guadeloupéens constituaient un peuple foncièrement gentil. Il suffit d'échanger quelques mots aimables, avec eux, pour être immédiatement adopté. Même les femmes, dont l'abord est souvent plus revêche que celui des hommes, laissent fondre instantanément leur masque protecteur dès qu'on les traite avec tout le respect et la considération auxquels elles ont droit. Ainsi, cette vendeuse de goyaves à la sauvette, sur les trottoirs de Pointe-à-Pitre, qui nous invite à venir chez elle déguster ses noix de cajou…
Je cherche vainement un exemple direct de méchanceté qui puisse valider ma thèse des contrastes. Pour cela, il faut que je me réfère aux médias ou à la mauvaise réputation qu'acquièrent mes compatriotes auprès des touristes. Parfois violents, parfois excessifs, certains Guadeloupéens le sont sans doute. Ces méridionaux de la Caraïbe (méridionaux par l'esprit, pas par la géographie) grossissent parfois un peu le trait, mais je crois que c'est sans méchanceté. Qui sait, Ibo Simon est peut-être un homme charmant dans le privé ?
Les contrastes sont plus facilement décelables dans l'administration, ainsi la Sécurité Sociale : pour déposer le moindre papier, la moindre feuille de remboursement, il faut faire la queue pendant 3 heures devant un guichet, faute de voir sa lettre, envoyée par la Poste, sombrer dans les oubliettes d'un tiroir sans fond. Et c'est pourtant cette même Sécurité Sociale qui compte en son sein un chef de service, une dame, qui m'a rappelé chez moi, trois jours après que j'ai eu une conversation téléphonique avec elle, pour s'inquiéter de ne pas voir arriver le dossier qu'elle m'avait demandé de lui envoyer. Celui qui trouve un exemple équivalent, en Métropole, gagne une choucroute à la papaye (miam, miam !).
Ainsi les services de la Préfecture : à la Sous-Préfecture, à Pointe-À-Pitre, la machine qui délivre les certificats de non-gage (appelés aujourd'hui certificats de situation de véhicules) est en panne depuis… Des temps immémoriaux. Quand on demande au guichet si le papier peut-être fourni manuellement, on vous répond :
--- Oui… Mais il faudra 4 à 5 semaine pour avoir le papier, peut-être davantage… Vous feriez-mieux d'aller à la Préfecture de Basse-Terre où la machine fonctionne !
Étant donné que j'ai besoin du papier pour céder l'épave de mon véhicule à mon assurance, afin d'obtenir le pécule qui fera de nouveau de moi un automobiliste, et que Basse-Terre n'est pas la porte à côté, surtout à pied, j'écris à la Préfecture. Et là, miracle, voilà un chef de bureau qui accuse réception de ma lettre par e-mail et qui m'assure que ma demande sera traitée dans les meilleurs délais. Qui dira, après cela, que la Guadeloupe n'est pas entrée de plein pied dans le 21° siècle ?
Sur le plan commercial, les choses se gâtent. Si je n'ai jamais trouvé un commerce dans lequel je sois mal accueilli, j'ai déjà évoqué l'efficacité de certains installateurs de climatiseurs, voilà un nouvel exemple regrettable.
Un métallier de Port-Louis, a fait passer, pendant plusieurs semaines, une publicité sur sa nouvelle technique de réalisation de portes et de fenêtres, qui conjugue luminosité du verre et résistance à l'effraction et aux cyclones. Voilà qui serait bien pour ma porte d'entrée, aujourd'hui un peu fragile (ne le dite pas autour de vous, surtout s'il y traîne un de ces Haïtiens que Simon soupçonne de tous les maux ! De toute façon, mon chien jaune, Calamity, veille !).
Pour éviter à ses braves gens, que le succès de leur publicité doit accabler de commandes, de se déplacer, je leur envoie un fax indiquant tout ce qui est nécessaire à la réalisation d'un devis. Pas de réaction. Au bout de quelques jours, je renouvelle mon fax. Appel téléphonique d'un commercial ( ?). " Il faut absolument que je voie l'objet du délit ! Je viens cet après-midi ! ". Formidable ! Quand on les réveille, ils sont vraiment efficaces ! Deux heures plus tard : " Impossible de venir aujourd'hui, ce sera la semaine prochaine, je rappelle pour un rendez-vous ! ".
Les semaines s'égrainent, passant d'autant plus vite qu'on est au Paradis… Appels téléphoniques, nouveaux fax, le métallier de Port-Louis a dû être enseveli sous les milliers de demandes provoquées par sa publicité !
Tout cela pour dire quoi ? Que le meilleur et le pire cohabitent en Guadeloupe, comme c'est certainement le cas partout ailleurs ? Pour constater que les deux personnes les plus efficaces se sont révélées être des fonctionnaires (dont une, au moins, était d'origine locale) ?
Non, tout simplement pour vous envoyer une bouffée d'air du pays où il fait toujours beau, même s'il pleut souvent !