La libre littérature française des Amériques






LES PARADOXES GUADELOUPEENS.



Comment un peuple si gentil, si serviable, si respectueux des autres, peut fournir des individus si violents dans un certain nombre de circonstances, privées ou professionnelles ?
Comment des personnes qui se montrent spontanément généreuses envers leurs semblables (Métropolitains inclus) peuvent-ils être toujours en conflit, entre eux, dès qu'ils doivent s'atteler à une tâche commune ?

Ma première question renvoie aux drames familiaux atroces qui font de la Guadeloupe la première région française en nombres de tués par armes blanches (les fameuses machettes dont le port est autorisé quand elles sont visibles par tous). En fait, la Guyane est beaucoup plus dangereuse, car les assassins qui franchissent les frontières du Nord et du Sud s'en prennent à n'importe qui. Par contre, les Guadeloupéens s'entretuent en famille, généralement au cours de crises de jalousie exacerbées par une consommation excessive de rhum.
Cette question fait aussi allusion aux conflits syndicaux centrés sur l'UGTG. Un exemple parmi cent : le conflit, actuel des cliniques privées. Le médecin qui préside la Fédération de l'Hospitalisation Privée vient d'être molesté physiquement par des membres du syndicat indépendantiste et révolutionnaire, qui ont agressé verbalement un autre membre du bureau de cette fédération et interdit, sous contrainte physique, aux représentants des autres syndicats (FGS-FO et CGTG) de participer à la négociation.

Ma seconde question porte sur des conflits moins violents (quoi que…) qui font qu'aucune association sportive ou culturelle ne parvient à s'unifier dans un aussi petit territoire. Pratiquement toutes ces associations sont bicéphales, quand elles n'ont pas quatre ou cinq têtes, comme les principaux dieux hindous, Brahma, Vishnou ou Shiva.

Il découle, de cet état de faits, un malentendu permanent, entre ceux qui viennent de l'extérieur pour vivre sur place, en parfaite harmonie avec la population locale et les Européens qui lisent France-Antilles ou qui écoutent les échos de ses violences, répercutés par les médias métropolitains (ou par le Petit Journal).
Un lecteur, de cette dernière feuille de chou citée, Afro-guadeloupéen vivant en Métropole, s'indignait dans un courriel que j'ai reçu récemment, du racisme envers les Haïtiens, qu'il avait constaté au cours de ses vacances passées en Guadeloupe. C'est un fait patent, bien qu'il faille plutôt parler de xénophobie que de racisme. Mais que dire du pays, des droits de l'homme et du citoyen, qu'est la France ? Combien de millions de personnes y sont racistes et xénophobes ?
Le seul homme, à ma connaissance, qui a aimé son prochain, fut-il étranger ou d'une autre ethnie, comme lui-même, a fini sur la croix et l'on en parle encore deux mille ans après.
Alors, avant de lancer la première pierre aux Guadeloupéens, balayons un peu devant notre porte. Leurs paradoxes ne sont-ils pas, à un moindre degré souvent, les paradoxes de l'espèce humaine dans son ensemble ?

Une dernière anecdote, pour finir. Patricia, mon épouse, a eu une panne de voiture hier soir. Trois personnes sont passées près d'elle. Devant son capot relevé, deux Guadeloupéens de couleur se sont présentés individuellement et de façon spontanément, pour l'aider. Il s'agissait d'un homme de son âge et d'un jeune homme. Je rappelle que Patricia est ni blonde, ni jeune, ni galbée comme une pin-up. Après qu'elle ait refusé les aides successives de ces braves gens, un troisième individu, un Métropolitain, est passé en faisant très attention de ne pas poser le regard sur elle ou sur sa voiture momentanément défaillante.
Sans vouloir généraliser, ce petit incident reflète bien l'impression générale que nous avons depuis que nous vivons en Guadeloupe.



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