J'AI HONTE !
J'aurais dû vous tenir informés, depuis plusieurs jours, des suites de la grève des employés de la Générale des Eaux, mais une sorte de pudeur m'a empêché de le faire. Dans cette affaire, je n'ai pas l'impartialité que devrait avoir un chroniqueur devant les faits. Car ces faits sont accablants pour les grévistes et il m'est difficile de les relater, car ils mettent en cause la nature humaine même, d'hommes pour lesquels j'ai, a priori, beaucoup de tendresse.
Le comportement des employés en grève est tellement primaire, tellement primitif même, que c'est leur dignité humaine qui est en cause. Et j'ai honte, j'ai honte pour eux, comme on peut avoir honte devant les mauvaises actions d'êtres que l'on aime et qui dévoilent soudain toute leur immaturité.
Malgré les dénégations énergiques de leurs responsables syndicaux, concernant la responsabilité de la C.G.T.C, des actes de sabotage graves sont commis tous les jours, avec, semble-t-il une montée en puissance dans la gravité des dommages infligés aux installations. Des actes de pur vandalisme, que personne ne devrait plus admettre dans notre Société actuelle. Quoi que...
Je connais des hommes d'apparence raisonnable qui justifient le terrorisme aveugle, qui touche des populations civiles innocentes, à condition que les terroristes soient Arabes et que les innocents soient Juifs. Après cela comment parler encore de la dignité de la nature humaine ?
En Guadeloupe, il ne s'agit que de dégradations matérielles qui, pour l'instant du moins, n'ont fait ni blessé, ni mort. Mais est-ce pour autant acceptable ? Il y a au moins un siècle que les ouvriers européens ne se sont plus livrés à ce genre de destruction d'un outil de travail encore productif, alors que leurs emplois ne sont en rien menacés.
Faut-il toujours parler du retard de civilisation qui pénalise les Afro-guadeloupéens ? Et pendant combien de temps, une partie de ceux-ci s'abritera-t-elle derrière cette excuse un peu trop facile ?
Parfois ces agissements, dégradants pour ceux qui les commettent, atteignent un niveau infantile, qui peut prêter à sourire, mais qui aurait plutôt tendance à faire pleurer l'Humaniste Individualiste que je prétends être. Au soir d'une négociation, alors que les grévistes savaient que le directeur de la société, pour les DOM et pour la région Centre-Est, devait reprendre l'avion pour Paris, le soir même, la délégation patronale a découvert que tous les pneus de leurs véhicules avaient été dégonflés pendant qu'ils étaient autour de la table des négociations.
Comment les "adultes", qui ont fait cela, peuvent-ils être étonnés que les valeurs inculquées par leurs ancêtres ne parviennent plus aux jeunes actuels, dont le niveau de criminalisation s'accroît à une vitesse vertigineuse ?
Et que dire aux populations innocentes qui sont prises en otage par ces malfaisants ? Elles sont majoritairement de la même ethnie et de la même classe sociale que ces ouvriers dévoyés. Des milliers de foyers souffrent de l'absence d'eau, avec une saison qui devient de plus en plus chaude et une sécheresse qui s'annonce comment devant être sévère. Déjà d'innocentes plantes subissent les effets de cette privation d'eau, bientôt ce seront les animaux qui auront à souffrir de cette carence et que l'on verra mourir de soif.
Je réponds tout de suite à une objection qui pourrait m'être faite, j'habite dans un secteur relativement privilégié, où les coupures sont très rares, voire inexistantes.
Que dire de l'image de marque de la Guadeloupe et des Guadeloupéens, dans cette année où la fréquentation touristique semble avoir repris un rythme appréciable ?
Vous me direz : "parlez-nous un peu des torts qui ont été faits aux grévistes pour qu'ils en viennent à ces actions extrêmes !"
C'est à ce niveau-là que le pire est à venir. Le cahier de revendication des syndicats ne comporte plus aucune clause d'intérêt général qui n'a été satisfaite.
Pour une fois, la direction de la société a adopté des mesures exemplaires. Les négociations ont été placées sous l'égide du directeur adjoint du travail de Guadeloupe. Concernant les points de fixation de la délégation des grévistes, qui portent sur les cas particuliers de d'eux personnes travaillant à l'agence de Sainte-Anne - deux dames qui prétendent ne pas avoir bénéficié des promotions que d'autres ont eues et qui leur seraient dues – la direction propose une expertise extérieure à l'avis de laquelle elle affirme qu'elle se soumettra. En effet, le Conseil des Prud'hommes est là pour trancher ce genre de litiges individuels.
À la sortie de la dernière séance de négociations, la délégation des grévistes, généralement prolixe en affirmations diverses, n'a pas souhaité s'exprimer. Leur volonté de faire aboutir une grève, qui dure déjà depuis plus de trois semaines, peut être mise en doute.
Je vous dirai qu'en Guadeloupe, une grève qui ne dure pas au moins trois mois n'est que peccadille.
Et pourtant... Pour une fois, l'U.G.T.G n'est pas concernée par ce mouvement de grève, ce qui prouve que les syndicats traditionnels ne veulent plus rester à la traîne du syndicat indépendantiste et révolutionnaire.
Et c'est bien cela qui me fait le plus peur !
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