La libre littérature française des Amériques







LETTRE OUVERTE A MARLENE CAPTANT, MAIRE DE SAINTE-ANNE.


Mademoiselle le Maire,

Une fois de plus, j'ai apprécié une de vos prestations télévisuelles, le 11 mars, sur Canal 10. Une fois de plus, vous avez dominé votre sujet avec la force tranquille qui vous caractérise, joignant à une autorité souriante, un solide bon sens validé par une longue expérience politique.

En particulier, j'ai été sensible à votre volonté de développer votre commune, tout en préservant le patrimoine de ses habitants à leur profit. Il s'agissait, en l'occurrence, des plages et arrières-plages de Bois-Jolan, qui verront déferler dans quelques jours, pendant le week-end de Pâques, des milliers de campeurs guadeloupéens.

Le terme de sanctuarisation, que vous avez appliqué à Bois-Jolan, est et restera l'une des idées les plus fortes de votre magistrature. Originaire de la Côte d'Azur, je suis d'autant plus sensible à cette idée, que j'ai assisté au dépouillement de mes concitoyens aux profits des riches acquéreurs venant de l'Europe entière. Aujourd'hui, on cède les plus beaux fleurons des richesses naturelles de la commune à des groupes d'investisseurs, dont on attend de fortes retombées financières qui soulageront immédiatement les efforts de tous les habitants ; demain, ceux-ci seront rejetés loin des rivages et verront leurs impositions galoper pour satisfaire à la spirale inflationniste du " toujours plus d'équipements ".
Certes, le développement touristique est nécessaire, mais il doit se faire au profit des habitants de la commune et non pas contre leurs intérêts à moyen et à long terme. Sinon, comme les Niçois sont rejetés dans leur arrière- pays, les habitants de Sainte-Anne seront rejetés dans les Grands-Fonds. L'arrière-pays niçois, comme les collines des Grands-Fonds ont leurs charmes, mais encore faut-il qu'ils ne soient pas transformés en " réserve " pour les plus pauvres.

Cette position courageuse demande, de votre part, une force de caractère exceptionnelle, surtout avec le délabrement des comptes de la commune dont vous avez hérité de votre prédécesseur. Celui-ci aurait bradé Bois-Jolan, sans hésiter, pour boucher le trou budgétaire créé par l'incurie de sa gestion démagogique. Vous avez la sagesse de comprendre qu'il n'y a qu'un seul Bois-Jolan et que son dépeçage ne résoudra pas les problèmes de la commune à long terme, mais que cette action, irréversible, amputera gravement le patrimoine de la grande masse des habitants.
Sachez, Mademoiselle, que vous aurez toujours derrière vous des électeurs fidèles, tant que vous suivrez des voies aussi difficiles que nécessaires.

Avec les remerciements et le témoignage du plus profond respect de l'un de vos plus farouches partisans.

Paul MOMBELLI



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