Un jour, Patricia ramena une barquette de plants de tomates du supermarché. Cet achat ne me surprit pas, j'avais déjà connu des achats analogues à Nice, puis en région parisienne. Malgré ses deux premiers échecs, mon épouse préférée récidivait.
A Nice, les tomates poussèrent correctement, le seul problème fut qu'elles parvinrent à maturité au plus fort de la saison de ce fruit, quand elles étaient abondantes et bon marché dans le commerce. Dans la vallée de Chevreuse, l'hiver arriva avant qu'elles soient complètement mûres. Il faut dire qu'il était précoce cette année là, au 15 août on allumait déjà le chauffage !
Avec l'esprit d'à propos et le sans gène qui caractérisent les femmes, Patricia planta ses rejetons au milieu d'une rangée d'allamandas, que j'avais plantée et que j'entretenais avec le plus grand soin.
--- Comme cela, tu les arroseras en même temps que tes précieuses fleurs !
Jugeant que cette plantation tardive (mi-novembre) ne pouvait pas gêner beaucoup mes arbustes, je souris en me tapotant le menton : ces fichues femelles ne doutent vraiment de rien ! La meilleure preuve était fournie par ces tuteurs, dont elle avait pourvu généreusement ses protégées, qui ressemblaient à des baguettes de restaurants chinois.
Las, je ne connaissais pas encore très bien les ressources du climat antillais ! Non seulement les plants de tomates poussèrent, mais ils prospérèrent de façon étonnante. Très rapidement, notre table fut abondamment alimentée en pomodoros, puis nous alimentâmes également la table des voisins. Quant à mes belles fleurs jaunes, malgré leur vivacité proverbiale, elle ne tardèrent pas à être englouties par leurs voraces voisines, qui s'étalèrent sur le sol, comme de monstrueuses lianes.
--- Bah ! L'hiver aura raison de ces envahisseuses !
Bernique ! Les semaines s'écoulent et ne semblent pas avoir de prise sur ces plantes maudites.
Au fait, pourquoi les Guadeloupéens importent-ils l'essentiel des tomates qu'ils consomment de Métropole ?
Si quelqu'un peut m'apporter une réponse, qu'il veuille bien répondre à cette seconde question :
Pourquoi ne voit-on aucun jardin potager à proximité des habitations guadeloupéennes, même les plus modestes, même en zone rurale ?
A moins que la réponse à ces deux questions soit la même...