La saison sèche s'annonce humide, alors que la saison humide a été sèche (à dire rapidement à haute voix tous les matins, dix fois de suite, pour améliorer sa diction).
Les touristes sont un peu dépités. Moi, je regarde avec satisfaction les plantes de ma " nurserie " se gaver d'eau avec volupté.
Ma nurserie ? C'est un ensemble d'une cinquantaine de pots, de tailles diverses, qui contiennent toutes les plantes que j'ai l'intention de mettre en terre au début de la saison des pluies. Cela va du pied d'hibiscus à l'énorme arbre à pain, en passant par une colonie de palmiers nains pour réaliser mon allée Dumanoir personnelle.
Vous me direz : pourquoi attendre la saison humide ? C'est très simple : pour bénéficier de l'arrosage naturel offert généreusement par la pluie. En attendant, mes pots sont dans une zone à moitié ombragée et proche de la citerne.
Je vois que votre œil se trouble d'une incompréhension légitime. Si la saison sèche est humide et si la saison humide risque d'être sèche, pourquoi ne pas les mettre en terre immédiatement ?
Premièrement, parce que je ne dispose pas, la Guadeloupe n'étant pas très bien équipée dans ce domaine, d'une liaison A.D.S.L directe avec Dieu, ce qui fait que mes augures ont toute la fragilité des prévisions humaines.
Secondement, parce que mon jardin manque de terre pour recevoir mes plantes. Pas de surface ! J'ai bien dit : de terre. Mon sommet de morne (qui n'a pourtant rien de triste) était couvert de pierres quand je l'ai acquis. J'ai fait enlever, et j'ai enlevé moi-même, ces maudites pierres. Du coup, mon terrain n'a plus un aspect lunaire, les mauvaises herbes peuvent enfin pousser librement. Par contre, si je veux planter un arbre, je commence à piocher à l'endroit choisi et, après quelques coups de pioche, que trouve-je ? (Comme disait Coluche.) Des pierres, oui, mais surtout des rochers, d'énormes rochers ! Je commence à comprendre le fatalisme guadeloupéen qui conduit les autochtones à ne jamais ramasser une pierre. Ce n'est pas ici que l'on verra de splendides murets provençaux !
Alors, que faire de mes plantes ? Je vais employer la méthode des Métros locaux, qui en plus de la trilogie dénoncée par le parti communiste guadeloupéen : " bateau, short, sandale " (je n'invente rien !), ont un goût décadent pour les fleurs et pour les arbres. La méthode est simple : on prend un tractopelle (qui est au travail de la terre, en Guadeloupe, ce qu'est la rascasse à la bouillabaisse, à Marseille), on lui fait creuser quelques trous de la taille de sa pelle (là où le rocher le permet) et on remplit le tout de terre végétale achetée à grand prix et livrée par quelques camions.
Marchand de terre végétale, un métier qui me fait rêver, mais qui n'est pas à ma portée !
Qui veut mes belles pierres ? Personne. Pourtant elles sont très belles mes pierres calcaires rongées par l'érosion. En effet, si la Basse-Terre, montagneuse, est d'origine volcanique, la Grande-Terre, platéiforme (le mot est tout chaud, je viens de le créer), est d'origine corallienne, ce qui donne beaucoup de pierres calcaires et une quantité non négligeable de coraux fossiles. Mes pierres sont belles, mais tout le monde a les mêmes, donc, pas de marché.
Foutu Mondialisation, qui interdit aux possesseurs de sols déshérités de commercialiser leurs pierres !
Au fait, qui veut une belle C.G.T.G bien vivace ? Personne, sans doute. C'est comme si je proposais un rongeur à des capitaines de la marine en bois ! Les trous, qu'elle fore dans la coque de la Guadeloupe, font prendre l'eau à celle-ci de toute part. Les touristes fuient, les investisseurs passent au large, le chômage galope. Quand elle aura " libéré la Guadeloupe " (suivant son slogan), qu'en restera-t-il ?
Pourquoi cette déclaration soudaine contre ces braves gens ?? (Un point d'interrogation pour la phrase et un pour le qualitatif de " braves ").
Simplement parce que j'écoute, en écrivant, les nouvelles locales et que j'apprends ce qui se passe dans la zone industrielle de Jarry, en ce moment. Pour appuyer le mouvement de grève des employés d'une entreprise, les nervis de la C.G.T.G ont bouclé le secteur et ont obligé, par la force, les personnels et les directions de la dizaine d'entreprises voisines à quitter leurs postes de travail. Ils ont ensuite détruit les bornes d'incendie du coin, provoquant ainsi autant de geysers d'eau, et interdit aux équipes d'intervention de la Générale des Eaux d'effectuer les réparations. Mettront-ils le feu aux bâtiments ? Promis, s'ils le font, je vous tiens au courant.
Tout cela me rappelle ma tendre jeunesse, alors que, fils d'un sympathisant communiste, je dévorais tous les ouvrages, imprimés en U.R.S.S et vendus à bas prix, qui faisaient la promotion de cette idéologie. Ce sont plus particulièrement les œuvres de Lénine qui me reviennent à l'esprit, s'il en existe une édition en créole, je paris que se sont les livres de chevet des leaders du syndicat communiste !
Je ne pense pas que l'on puisse comparer la Guadeloupe et l'empire russe. Ici pas de goulag, pas de millions d'individus à donner en pâture à un nouvel ogre stalinien, mais une économie fragile, que l'on peut détruire très facilement, et ce ne sont pas les richesses naturelles qui vont maintenir à flots le frêle esquif. Les seules richesses naturelles sont liées au tourisme et l'on sait combien de misère et de prostitution il faut supporter, au modèle cubain, pour attirer à lui cette manne !
Et que font les forces de l'ordre, pendant ce temps ? Il faut ne rien avoir appris de l'histoire récente de la Corse pour poser une telle question ! Les gouvernements successifs de la République, de droite comme de gauche, nous ont montré comment on transforme une poignée d'excités en une force d'opposition puissante, qui impose sa loi à un Premier ministre socialiste par la force (voir le fameux revirement de Jospin).
Je crois que le salut ne peut venir que des guadeloupéens eux-mêmes, à condition que, comme les Corses, ils ne soient pas tous " cousins " avec les extrémistes. Quant aux hommes politiques locaux, trop occupés par leur nouveau jouet (le Congrès de la réforme statutaire) pour prendre ouvertement parti, je leur ferais remarquer que, pour parvenir à plus d'autonomie et moins d'assistance, il ne faut pas asphyxier les entreprises locales, mais les développer.
SUITE AU PETIT JOURNAL DE MONTMAIN N° 32.
Ne voulant pas que mes amis métropolitains, de Métropole, pensent que j'exagère sous l'effet enivrant d'un anticommunisme primaire attrapé en Guadeloupe (pour l'instant, je n'ai pas eu la dingue et je suis sans doute le seul de mes connaissances dans ce cas, merci aux protecteurs des moustiques !), j'ai jugé utile de vous faire parvenir la copie intégrale d'un article d'une revue locale qui parle des événements que j'évoque dans le numéro 32. Vous pourrez constater que j'étais bien en dessous de la vérité dans la dramatisation.
Le Michel Madassamy, dont on parle dans l'article, est l'émule de José Bové, qui démonte les Fast-Food à coup de barres de fer, quand leurs patrons n'obéissent pas à ses ordres de fermeture spontanée en signe de protestation politique (celle que promeut Michel, naturellement). Je ne dirai d'ailleurs pas de mal de notre sympathique barbu, qui, contrairement à José Bové, a le courage et la franchise d'annoncer ses motivations révolutionnaires.