Une affaire occupe les esprits depuis plusieurs semaines en Guadeloupe : le procès IBO Simon. Ce personnage fantasque, ancien chanteur rasta, élu du peuple depuis plusieurs années, actuellement conseiller municipal de Pointe-à-Pitre et conseiller régional de Guadeloupe, est mis en accusation pour avoir tenu des propos racistes et xénophobes sur l’antenne de la chaîne de télévision Canal 10, dont il est l’un des animateurs. On lui reproche d’avoir traité les émigrés haïtiens de chiens, de racailles et de vermines. Quatre associations haïtiennes, relayées par la LICRA et d’autres associations des droits de l’homme de Métropole, l’ont assigné en justice pour ses propos.
Ce bouffon populaire, qui éructait en créole sur leur chaîne (il est actuellement interdit d'antenne), est fortement soutenu par Canal 10, qui tente de provoquer un soulèvement de la population guadeloupéenne en sa faveur (sans oublier, sans doute, que son propre directeur est également mis en accusation, ainsi que la chaîne elle-même qui redoute une sanction du C.S.A).
La plus grande confusion règne autour de cette affaire. Confusion savamment entretenue par Canal 10, par les partisans d’IBO Simon et aussi, il faut le dire, par ses opposants. Alors que seuls les termes injurieux sont en cause devant le tribunal, la chaîne tente de faire passer son collaborateur pour un homme courageux qui a su poser le problème de l’émigration dans l’archipel, les opposants essaient de démontrer qu’il n’y a pas de problème d’émigration.
Une partie de plus en plus importante de la population, rendue anxieuse par l’insécurité, qui se développe, et par les difficultés économiques, soutient le pitre-prophète, dont la silhouette caricaturale est de plus en plus populaire.
Vous me direz, rien de bien nouveau dans cette affaire ! Les émigrés ont toujours servi de bouc-émissaires et ce n’est pas la Métropole qui pourrait s’étonner de cette situation.
Quelques voix raisonnables font observer que Monsieur IBO avait toute latitude pour poser le problème de l’émigration devant l’assemblée régionale dont il fait partie. Les mêmes l’accusent d’ailleurs de ne pas avoir participé à une seule réunion du conseil municipal de P-A-P, au cours des cinq années de la dernière législature.
Il est évident qu’il y a un problème d’émigration en Guadeloupe - sans doute moins dramatique que le disent certains - mais le seul fait que la population s’en inquiète, mérite que la question soit posée clairement et débattue sans haine et sans propos outranciers. Le jeune représentant du préfet, qui est venu dans une émission de la chaîne de télévision A1 pour tenir les éternels propos lénifiants des gouvernants, n’a convaincu personne en affirmant que la loi est appliquée avec fermeté et efficacité. Avec un seul bateau, la Police de l’Air et des Frontières ne peut certainement pas couvrir valablement toutes les côtes de l’archipel.
Les Guadeloupéens, qui se découvrent actuellement une âme de Caraïbéens, découvre simultanément que la Caraïbe est un immense réservoir de populations misérables qui peuvent être fascinées par la richesse relative de leur région. Je leur ferais remarquer que c’est la langue française qui est le barrage le plus efficace contre l’invasion annoncée. Par chance (?), les îles voisines sont de langue anglaise, voire espagnole pour les plus lointaines, et les Guadeloupéens ne sont pas prédisposés, par leur pratique du créole, à parler des langues étrangères.
Il est évident, également, qu’IBO Simon, dont la malice est incontestable, a bien compris que les grands débats de la démocratie ne se traitent plus devant les assemblées élues, mais sur la place publique des médias télévisuels. C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui est le plus inquiétant dans cette affaire, qu’un homme qui se déclare lui-même sans instruction et ne maîtrisant pas toutes les subtilités de la langue, puisse rassembler des foules par ses imprécations médiatiques, simplement en faisant appel aux peurs et aux sentiments les plus troubles de ses concitoyens. On a déjà connu cela ailleurs !
Dans l’émission de la chaîne A1, que j’évoquais plus haut, quelqu’un a dit : « Oui, il y a des gens malhonnêtes parmi les émigrés, mais il y en a aussi parmi les Guadeloupéens ». Cette vérité première ne paraît pas être acceptable par les gens simples, qui savent pertinemment qu’ils doivent supporter les brebis galeuses de leur troupeau, mais qui souhaiteraient ne pas en importer en provenance d’ailleurs. Il est vrai que l’on sera toujours plus exigeant envers les étrangers qu’envers ses propres enfants !