La libre littérature française des Amériques







PAS DE PROBLÈME OU UNE CHAUDE HISTOIRE DE CLIMATISEUR !


Lili a chaud ! Lili veut un climatiseur.
Pas de problème ! Elle aura son climatiseur.

Voyons si mon ami Eric a encore une bonne adresse à me recommander. Sous les tropiques, comme dans les pays tempérés, il faut être prudent !

Oui, Eric a fait installer des climatiseurs chez lui il y a deux ans. Oui, il a été satisfait de la prestation de l’entreprise qui l’a équipé. Quand je vous disais qu’il n’y aurait pas de problème !

J’appelle l’entreprise de la part d’Eric, suivant son conseil. Problème, ils ont oublié le nom d’Eric. Mais, qu’à cela ne tienne : « On viendra chez vous pour faire un devis. On vous rappelle pour prendre rendez-vous ».

Un jour, deux jours, trois jours… Une semaine. Nouveau problème, je relance. « Oh, mon pauvre Monsieur ! Vous savez, on ne travaille plus vraiment pour les particuliers. De temps en temps on le fait, mais pas en ce moment. Voilà une autre adresse où vous serez bien servi ».

Appelons cette autre entreprise. « Un climatiseur ? J’arrive ! »

Effectivement, voilà un commercial qui arrive chez moi les mains dans les poches. Ce n’est pas que l’attitude me déplaise, mais ma formation d’ingénieur me poussait à espérer quelques notices techniques pour étayer mon choix. Enfin, il paraît que l’on achète à présent un climatiseur comme un paquet de nouilles. Il y a les nouilles qui rouillent tout de suite dans l’atmosphère marine, comme chez moi, et les nouilles qui rouillent moins vite. Pour le reste, tout est pareil. La durée de vie ? De trois à six ans, pas un poil de plus. « Je vous fais un devis, vous commandez, on installe, vous payez ». Pas de problème, on sait au moins qui fait quoi !

Le devis arrive, il correspond bien au type de produits proposés : les nouilles X (marque qui m’est inconnue) = tant ; les nouilles Y (marque qui m’est inconnue) = tant de plus. Les nouilles Y doivent être celles qui rouillent moins vite et qui durent le plus longtemps !

Pas vraiment satisfait, je retourne voir Eric, ce qui est toujours un plaisir, et je lui raconte mes mésaventures. « Pas de problème, j’ai un très bon ami qui a monté une société qui commercialise et installe des climatiseurs chez les particuliers, voici le numéro de téléphone du patron ».

Le lundi suivant, j’appelle. « Un climatiseur ? Pas de problème, j’arrive dans trois quarts d’heure. Un catalogue ? Inutile ! Il y a les nouilles qui… » Bon, ça va, pas de catalogue !

Un heure plus tard, problème, le téléphone sonne : « Je ne peux pas venir aujourd’hui. Je vous rappelle demain pour prendre rendez-vous ».

Le jour même, en passant en voiture, je me rends compte qu’il y a un installateur de climatiseurs juste en bas de chez moi. Pourquoi ne pas lui demander un devis, deux sons de cloches valent mieux qu’un ! « Pas de problème, je fais le devis et je vous téléphone pour vous demander de passer en discuter ».

Voilà une affaire qui marche, Lili va enfin avoir son climatiseur !

Une semaine plus tard, pas de coup de téléphone, ni pour le rendez-vous, ni pour le devis. La Guadeloupe connaîtrait-elle une pénurie de climatiseurs ?

Lili a chaud, Lili a de plus en plus chaud, il me faut un climatiseur !

Je prends ma voiture et me rends à Jarry, dans la zone artisano-commerciale de Baie-Mahaut. Je visite deux magasins, qui proposent tous les deux des marques japonaises bien connues, comme haut de gamme, et me décide pour le magasin qui s’est placé sous le haut patronage publicitaire d’un escroc notoire. Il faut encourager la franchise ! D’ailleurs, ce sont bien eux qui m’avaient vendu, il y a un an, dans le même magasin de Jarry, un modem bridé à 14.400 bd (au lieu des 56.000 bd annoncés), qu’il fallait faire débrider en s’abonnant pendant un an à un fournisseur d’accès inaccessible de Guadeloupe. Il faut reconnaître qu’ils ont-été logiques, puisque ce modem appât était vendu à prix réduit en Métropole (le fournisseur d’accès y allant de sa côte-part), en Guadeloupe, ils le vendaient plein pot, une charrette à bras au prix d’une Ferrari ! Cette première affaire m’ayant mis en confiance, je leur accorde ma préférence (j’avoue que Panasonic et un bon prix m’ont aidé également dans mon choix).

Ouais, et bien escrocs ou pas, ces gens-là sont efficaces ! Le paquet de nouilles (des pâtes, des pâtes, oui mais des Panasonic !) est emballé et ficelé en moins de deux. Pour la pose ? « Pas de problème. On ne fait pas, mais on vous met en contact avec un installateur extérieur à la Société ». « Un délai ? Vous voulez rire, d’ailleurs on l’appelle. Demain matin, ça va ? »

Le plus marrant c’est que c’était vrai. Lili a enfin son climatiseur et, en plus, il fonctionne très bien !

Moralité : si tu veux faire travailler les entreprises locales, une sur quatre s’intéressera à toi ; les nouilles X et Y te seront proposées notablement plus chères que les nouilles Toshiba ou Panasonic dans une grande surface commerciale (2.500 Francs d’écart entre Panasonic et Y, toutes choses étant égales par ailleurs) ; pour le coût de la main d’œuvre, c’est pareil, au délai près (dans un cas, « On n’a pas le temps » ; dans l’autre, « Demain matin »). Comme dit mon copain Nanard : « Le tort se serait d’aller ailleurs ! »

J’ai l’air de plaisanter, mais je suis très sérieux. Ou je n’ai vraiment pas de chance, ce qui expliquerait pourquoi je n’ai toujours pas gagné le gros lot au Loto, ou alors les entreprises locales manquent un peu de punch (incroyable en Guadeloupe !) commercial. On dit que les Français sont de médiocres commerciaux, mais que dire des Guadeloupéens alors !


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