La libre littérature française des Amériques







ALLEZ LUCETTE ! ALLEZ LUCETTE ! ALLEZ !


J’ai déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de dire tout le bien que je pense des femmes guadeloupéennes, en général, et sur le plan politique, en particulier. Le prototype de la femme guadeloupéenne est, sans conteste, la dynamique Lucette Michaux-Chevry.

Lucette ? Un sacré tempérament ! Sans doute le seul homme politique d’envergure de l’archipel. Un personnage contesté, par les Métros et par l’opposition de gauche, mais absolument incontournable et qui bénéficie d’un fort lien affectif avec la population, ce qui lui a permis de se hisser à la présidence de la région. Plus je l’écoute et plus je l’apprécie, me moquant éperdument des casseroles que l’on dit être attachées à ses basques. Plus je l’écoute et plus je partage ses opinions sur la nécessité d’avoir un statut particulier pour les D.O.M., où les politiques nationaux et l’Administration centralisée sont en train de renouveler les sempiternelles erreurs qu’ils ont commises depuis des décennies en Indochine, en Algérie, en Corse… On reparlera sans doute de la Corse, dont il y a beaucoup à dire, hélas.

La France, c’est quoi ? Regarder une carte : l’Hexagone et la Corse. Jamais vous ne verrez les D.O.M. représentés. Jamais vous n’aurez la météo des D.O.M. sur une chaîne métropolitaine. C’est simple, les D.O.M. n’existent pas, sauf éventuellement au moment des vacances. Seule exception, la Guyane, grâce au bagne de Cayenne et à la base de Kourou et à ses fusées Ariane.

Même pour la Guyane il y a des limites. Quel est le département français qui a la plus grande superficie ? Réponse officielle : les Bouches-du-Rhône, à cause de la Camargue. Qui pense à l’immense Guyane ? Personne !

Ce que les Corses sont en train d’obtenir avec des bombes et des crimes politiques (surtout avec l’assassinat d’un préfet de la République), les Guadeloupéens l’obtiendront-ils avec leur attitude modérée et responsable ? Je l’espère vivement, ce serait un crime d’état de ne pas les entendre !

Que demande Lucette ? Déjà, que ce soit clair, absolument pas l’indépendance, ni même une quelconque autonomie politique, simplement davantage d’autonomie de gestion. Son modèle ? Les Canaries, auxquelles l’Espagne, pays beaucoup moins centralisateur que la France, accorde une autonomie de gestion sur les problèmes locaux et un contact direct avec l’Europe, sans renoncer en quoi que ce soit à sa souveraineté sur leurs territoires.

L’État conserverait ses pouvoirs régaliens : monnaie ; défense ; justice ; représentation internationale… La Région Guadeloupe, gérée par une seule chambre de représentants élus à la proportionnelle (remplaçant les deux chambres actuelles, région et département), se verrait chargée des problèmes locaux : aménagement du territoire ; environnement ; réseau routier (les routes nationales deviendraient régionales) ; négociations avec l’Europe pour l’obtention de subventions qui lui seraient versées directement (Fabius séquestre actuellement 340 millions de Francs de fonds européens destinés à la Guadeloupe, dont le budget est vacillant) ; adaptation de la fiscalité ; adaptation des lois sociales...

La fiscalité ? Une région, déclarée comme étant en retard de développement par l’Europe, peut-elle avoir la même fiscalité que sa Métropole qui fait partie du G7, en particulier au niveau des prélèvements obligatoires des entreprises ?

Social ? Lucette a un projet révolutionnaire qui mettrait tous les R.M.Istes au travail, de façon déclarée et obligatoire. Ce qui est impensable dans l’un des pays les plus riches de la planette, l’est dans un pays en retard de développement !

Domaines partagés entre l’État et la Région Autonome : l’éducation (pas au niveau des programmes, qui resteraient nationaux, mais au niveau des orientations des établissements) ; l’immigration, qui est un énorme problème dans une petite région entourée de pays sous-développés (un exemple : 400.000 habitants en Guadeloupe, 12 millions en Haïti, ce qui fait au moins 10 millions de candidats à l’émigration) ; la santé (il n’y a actuellement, au C.H.U de Pointe-à-Pitre, aucune chaire de médecine tropicale. Quel technocrate parisien y aurait pensé, alors qu’il y en a à Paris ?).

Quelques exemples significatifs des anomalies actuelles. Je me limiterais à deux cas, car la liste pourrait faire des pages, la départementalisation de 1946 étant nettement à coloration coloniale.

Coût, pour l’État, du complément de T.G.V Paris-Marseille : 23 milliards. Budget des transports pour assurer la continuité territoriale de la Corse : 1 milliard par an. Budget des transports pour les D.O.M. : 0 Franc, pas de continuité territoriale ! Prenons l’exemple de Marie-Galante : prix des matériaux de construction, sur l’île, trois fois supérieur à ceux de la Guadeloupe, alors que le niveau de vie y est notablement inférieur. Car, si l’État n’intervient pas pour diminuer les contraintes financières liées à l’insularité de la Guadeloupe, par rapport à la Métropole, il n’intervient pas davantage pour subventionner les déplacements des habitants des petites îles de l’archipel vers la Guadeloupe. Les Guadeloupéens participent, comme tous les provinciaux, au paiement des tickets du métro parisien, mais les métropolitains ne participent absolument pas aux frais de transport d’un Marie-Galantais qui vient travailler tous les jours en Guadeloupe en payant le même prix que les touristes (la Région est en train de prendre en charge une partie de son billet, ce que la région Parisienne, beaucoup plus riche, ne fait pas pour le métro de ses administrés).

L’octroi de mer, survivance d’un vieil impôt disparu en Métropole, est fait pour combler partiellement les coûts liés à l’insularité. Non seulement ce n’est pas une aide de l’État, puisque ce sont les Guadeloupéens qui le paient sur tous leurs biens de consommation, mais l’État en kidnappe une partie. Les Douaniers se partagent une fraction de la manne (oui, comme supplément de salaires !) et le reste est envoyé à leur ministère de tutelle. 20 millions de Francs disparaissent ainsi chaque année.

Arrêtons cette énumération fastidieuse et souhaitons, à Lucette, à ses fidèles et à son opposition enfin rassemblée autour de ce projet (laissant de côté les Communistes dont le modèle est cubain !), d’obtenir ce qu’ils demandent et qui me semble être frappé au sceau du bon sens. Cela ne coûterait pas un centime de plus à la France, sauf si l’on estime que les Gabelous méritent leur supplément de salaire de 2,5 %.

L’un des principaux reproches que l’on fait, à Lucette, est d’avoir des ambitions monarchiques sur une Guadeloupe indépendante. Avec son projet, elle prouve qu’elle est viscéralement attachée à la nationalité française et, plus surprenant, qu’elle a une vision extrêmement démocratique de sa future fonction de présidente de région. Elle prévoit qu’un groupe de 7 à 9 personnes seraient élu, par la chambre législative, pour constituer le pouvoir exécutif, avec un président à sa tête, naturellement. Ce pouvoir exécutif ne participerait pas aux délibérations de la chambre, mais serait chargé, par elle, d’exécuter les décisions qu’elle aurait prises démocratiquement et devrait rendre compte de son action, devant elle, après avoir rempli sa mission. Aucun des pouvoirs actuels de la République ne fonctionne de façon aussi démocratique, ni les municipalités (où le maire a tous les pouvoirs), ni le département, ni la région. Seul le gouvernement a une position qui se rapproche un peu de ce modèle, au contrôle près, quand la chambres des députés n’est pas en vacances !


UN CURIEUX DROIT DE REPONSE HUMORISTIQUE
Jude nous propose un droit de réponse à la déclaration de Basse-Terre, qui a fait long feu à présent, mais le texte de notre correspondant est toujours d'actualité.

LA LOUTRE - MERE (SKETCH PHILOSOPHIQUE)

J' ai un ami. Il a la peau grasse. Alors il fait le " jeûne de la faim " comme il dit : I gros gras vaillant , comme on dit.: I gras con loque , comme nous disons.
Il veut perdre 40 pour cent de matière grasse , pass I gras con machan'n cochon après la vente. Alors il fait son " jeûne de la faim " et refuse même de prendre un avocat.Féroce, hein ! C'est le système qui me rend nerveux , dit-il. Il parle d'un système nerveux en pleine dépression tropicale…

Mon ami s'appelle Edom , et il a un frère, en fait un petit demi-frère pas vraiment reconnu par la mère, et qui s'appelle Tom. On les appelle l'Edom-Tom. Ils sont minuscules, en fait. Des nains. Même pas encore sevrés. Ils en sont encore au lait maternel , fourni par une maman loutre qui fait tout pour eux. C'est pour leur bien et leur développement , rappelle -t- elle souvent.

Des mamelles de cette maman loutre, de la fidèle " loutre-mère ", comme dit mon ami, coule du lait blanc entier. En/ti/er , pas an/ti/yè : l' accent est important pour nous, ne cesse-t-il de répéter.
Du lait blanc entier donc, avec ces fameux 40 pour cent de matière grasse, qui nous permettent de mieux " fonctionnaire ", comme il dit.
Et c'est du lait sous forme de briques. Beaucoup de briques. Des briques bleues loutre-mère, des briques rouges sang et surtout des briques à marquer d'une pierre blanche, comme il dit.
Du lait avec 40% de matière grasse coule de la loutre-mère, directement sous la forme de briques. Pourquoi de briques ? lui ai-je demandé. C'est pour un meilleur conditionnement, voyons, s'est -il exclamé. Ou paw' bwè lêt ?

Voilà la belle loutre-mère qui nous rend gras kon loque, mais nou ké finn' en loques si nou suiv' li a la lète, a la lète, dit-il d'un ton haletant.

En fait, pour cette histoire de lait, tout avait commencé par la traite. Il semblait chronologiquement évident pour loutre-mère de commencer par la traite. C'était comme une pompe Afrique, m'explique mon ami , un continent supermarché.

Comme Romulus et Rémus, ils, Edom Tom,sont allaités par la loutre-mère, mais mon ami fait le jeûne de la faim. Il ne veut plus garder cette soupe grasse. Œil pour œil, dent pour dent, pied pou tête, quarante pour cent, dit-il. Attention au lait en poudre aux yeux, clame-t-il.

La maman, loutre-mère, aime à appeler Edom-Tom ses " ti-doudou ", bercés par les palmes très académiques des cocotiers, avec vues sur les Monts-Blancs. Elle leur donne du lait pour le corps et des cahiers pour l'instruction aussi de l'esprit : c'est le système lait-cahiers.

Le lait maternel, à 40% de matière grasse, fourni par la loutre-mère sous forme de briques, formant d'immenses murs protecteurs, n'arrive pas seul. La loutre envoie beaucoup de cadeaux dans de grandes enveloppes au format européen , complètement timbrées. Ah ! J'oubliais de vous dire : la loutre-mère est à 7000 km , et, parfois, le contenu des enveloppes disparaît en chemin. Enfin bon ! Dit mon ami , c'est du vol long-courrier. Mon ami l'Edom, en question, fait le jeûne de la faim, mais son frère Tom boit du petit-lait car, dit-il : grâce à la loutre-mère , je peux m'occuper de chevaux !
Devant mon étonnement sur cet intérêt hippique, mon ami m'explique que tout venait de Paris. Pari mutuel même, pour faire ses courses de façon originale et conviviale.C'est la maman loutre-mère, elle-même, qui nourrirait les chevaux de Paris et les paris de chevaux !!!
Le lait ne ferait que passer sur Edom-Tom. C'est bon pour le transit… Résultat des courses, avec les 40% de matière grasse, il peut alimenter aussi les chevaux de sa puissante voiture de sport, qui consomme beaucoup, stimulés par des becquets bien implantés et bien vissés dans l'atoll ,et tout le lagon,c omme il dit. Quelle mécanique ! Pourvu que ça dure et je touche du bwa-bwa , se plaît-il à dire.

Mais il y a mille Edom-Tom, très différents entre eux… Au lait de la loutre-mère , faut-il préférer une man-man dlo ???



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