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Mais qui a découvert la Guadeloupe ?

Pendant que l’autodidacte passionné, mais incompétent sur le plan technique, qu’était Christophe Colomb, croyait découvrir les Indes-Occidentales et fut constant dans son erreur jusqu’à sa mort (en 1506), son second, au cours de ses deux premiers voyages, doutait. Jean de la Cosa, savant navigateur et cartographe, finit par quitter Colomb pour tenter sa propre aventure. Alors que l’orgueilleux amiral s’obstinait à découvrir les Antilles, son ancien second, sur une géniale intuition, prit une route plus au Sud et débarqua au nord du fleuve Amazone. Il parcourut plusieurs milliers de kilomètres sur les côtes du Vénézuela et de la Colombie et comprit qu’un immense continent se cachait derrière elles. Il comprit surtout qu’il ne s’agissait pas des Indes. La célèbre mappemonde qu’il dessina en 1500, le prouva amplement.

Plus aucun historien moderne ne doute plus que Jean de la Cosa fut le véritable découvreur de l’Amérique, à la fin du moyen-âge, et surtout le seul qui fut conscient de sa découverte, ce que ne furent, ni Colomb, ni les navigateurs précolombiens.

Jean de la Cosa était le propriétaire et l’armateur de la Santa-Maria. Si l’obstination et la conviction passionnée de Christophe Colomb permirent seules que la première expédition ait lieu, ce sont incontestablement les qualités morales et la science de la navigation de la Cosa qui la conduisirent à la réussite. Le mythe du voyage hasardeux et chanceux a fait long feu aujourd’hui. Depuis Jean le Navigateur, des documents, des cartes, des tables, existaient et Jean de la Cosa les connaissait et ne laissa rien au hasard. Il calculait sa latitude en mesurant la hauteur du soleil, alors que Colomb se contentait encore de l’Étoile Polaire, évanescente près de l’Équateur.

Mais qui était cet homme providentiel, dont la renommée souffrit de l’ombre du médiatique Colomb ? Né à Santogna, près de Biscaye (des grandes villes européennes ne se disputèrent pas son origine), vers 1460, il était d’une famille de la noblesse locale. Il apprit sans doute l’art subtil des cartes auprès de quelque maître majorquin. Il navigua beaucoup le long des côtes d’Afrique et dans les mers du Nord. La Santa-Maria avait d’ailleurs été construite pour faire la route des Pays-Bas.

Jusque-là, aucune trace écrite, seuls les rois et les princes en bénéficiaient alors. Par contre, il est certain qu’au seuil de l’année 1492, Jean de la Cosa se trouvait dans le Sud de l’Andalousie avec sa nef. Comme tous les navires espagnols de cette époque, cette dernière portait un nom de fille de joie : la Gallega (la Galicienne). Je préfère penser qu’elle s’appelait la Marie-Galante, pour justifier pittoresquement le nom de cette île que je vois de ma fenêtre. Ce qui est sûr, c’est que la rencontre, de Jean avec Colomb, allait transformer ce nom en Santa-Maria, plus digne d’un navire amiral.

Pauvre Santa-Maria ! Si son propriétaire n’atteignit pas la gloire internationale de Christophe Colomb, nous ne sommes même pas certains de son nom et nous ne savons pas, de façon sûre, à quoi elle ressemblait. Était-elle conçue comme une nao, comme une caravelle pontée, comme une caravelle latine ou comme une caravelle de armada (de guerre) ? C’est cette dernière version qui réunit la majorité des suffrages, alors que la Pinta et la Nina étaient des caravelles ordinaires, plus petites et avec un seul château à la proue.

Pour ce qui est de Christophe Colomb, si l’on n’est toujours pas sûr de son lieu de naissance (certainement pas Gênes), ni de son origine (peut-être juive), on pense de plus en plus qu’il n’était pas marin professionnel, ce qui le relie à Americo Vespucci, un employé de banque qui devint, avec les années, un bon pilote.

Colomb est connu comme le découvreur de l’Amérique, qu’il ne fit qu’entrevoir, en croyant qu’il s’agissait d’une île, et dont il ne soupçonna même pas l’existence en tant que continent distinct des Indes ; Americo lui donna son nom ; mais, seul, Jean de la Cosa découvrit réellement ce continent.

Une question piège : comment se serait appelé celui-ci, si les mérites de son découvreur avaient été reconnus ? Le nom de Colomb a donné la Colombie ; le prénom de Vespucci a donné l’Amérique ; le nom de la Cosa aurait-il donné la Cosa Nostras ? Non, je déraille, il s’agit d’autre chose.

Mais qui a découvert la Guadeloupe ?

Au cours de son deuxième voyage, le 4 novembre 1493, Christophe Colomb, ayant toujours le précieux Jean de la Cosa à ses côtés, abordait l’île aux belles eaux, après avoir entrevues et baptisées, la Désirade, Marie-Galante et la Dominique. Laissons la Guadeloupe à Colomb, puisque l’on a attribué l’Amérique à de la Cosa !

Pour la Martinique, il n’y a aucun doute, Colomb la découvrit au cours de son quatrième voyage, le 15 juin 1502, et Jean de la Cosa n’était plus à son bord, pas plus que ses pilotes et financiers, les frères Pinzon, dont Vicente reconnu le Brésil, découvrit l’embouchure de l’amazone et la péninsule du Yucatan.


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