Makoumè (homosexuel) est l’insulte suprême en Guadeloupe. Les homosexuels paraissent être complètement absents de la vie publique : pas de « Gay Pride », pas de communauté connue. Une association (O’Big), un magazine (Gayrilla), des lieux de rencontres (boîtes de nuit, restaurants) ont existé, mais ont disparu depuis plusieurs années.
N’y a-t-il donc pas d’homosexuels en Guadeloupe ? Quelques éléments semblent témoigner du contraire : la plage de Tarare et la Petite Anse, après Cluny, restent des lieux de rencontres privilégiés. Un site téléphonique (en 08) existe, où l’on peut laisser des messages. Quelques restaurants passent des publicités dans des magazines homosexuels métropolitains, mais ne s’affichent pas comme réservés aux Gays.
Ce qui est certain, c’est, qu’ici, le rejet de l’homosexualité prend volontiers une forme plus violente qu’ailleurs. Lorsque des homosexuels se font tabasser, à Saint-John Perse, les braves gens ferment les yeux, la police également et personne n’en parle.
Voyons ce qu’écrit un psychologue, Errol Nuissier, de Pointe-à-Pitre : Il établit trois types de rejets de l’homosexuel.
--- Le premier rejet est « animal » : le développement de l’homosexualité met en péril une population. En ne se reproduisant plus, une population est appelée à mourir. L’instinct de survie fait qu’elle rejette l’homosexualité.
--- Le deuxième rejet est social : on ne reconnaît pas la personne homosexuelle en tant que telle, avec ses qualités et ses défauts, ses compétences et ses insuffisances, mais on va focaliser sur un seul aspect de sa personnalité : sa sexualité.
--- Le troisième rejet est conjoncturel : nous sommes, en ce moment, dans une situation de sur-représentation des minorités. Aujourd’hui, on a le sentiment que le modèle et les lois pour les homosexuels doivent primer. La Société réagit donc de manière agressive car elle se sent en danger.
Ces trois points s’appliquent partout, mais ne sont pas spécifiques à la Guadeloupe. Ici, il faut ajouter le poids de la religion, qui est beaucoup plus pesant qu’en Métropole, ce qui en fait une partie intégrante de la culture locale. Mais il y a d’autres particularités guadeloupéennes. D’après Errol Nuissier, nous serions tous hétéros et homos psychiquement. Nous avons tous, en nous, une part féminine et une part masculine. La notion d’homosexualité ne devient identifiable que dans le cadre d’un acte homosexuel.
Ce qui revient à dire que le rejet de l’autre devient le rejet d’une part de soi.
Pour le psychologue, ce rejet individuel est double et particulièrement marqué en Guadeloupe.
Tout d’abord, il vient de la société : « Dans notre société, l’homosexualité est plus difficile à accepter chez l’homme qui doit être associé à une image de macho, de coq, qui a plusieurs femmes, qui séduit… La haine de la personne du même sexe est en fait un rejet de notre propre homosexualité. Les hommes sont ici en permanence dans une homosexualité qui s’ignore. On le voit bien dans les lieux où le côté macho est exacerbé : Pitt à coq, jeux de domino, etc. On voit des hommes couverts de chaînes et de bagues, habillés comme de matadors. Dans cette valorisation excessive de la virilité, il y a une tentative de lutter contre le sentiment homosexuel. »
Second aspect, celui de l’éducation : « Dans notre société, les enfants sont élevés essentiellement par leur mère. Le modèle d’identification reste celui de la femme. L’homme a été habitué au rejet du père, du modèle paternel et masculin. »
Cela expliquerait les deux grandes caractéristiques des homosexuels de Guadeloupe :
--- Ce sont souvent des hommes mariés, des hétéros gays, avec famille, qui donnent le change vis-à-vis de la société, en affichant une vie « normale ».
--- Ils sont aussi souvent sexuellement passifs. Pour Errol Nuissier : « La notion de passivité existe dans l’histoire du pays. Il y a une culture de la passivité et une éducation de la passivité. En s’identifiant à la femme, l’homo vit une homosexualité subie. »
Il n’en serait pas de même pour les femmes, qui adoptent volontiers une position plus radicale et acceptent de ne pas avoir une vie hétérosexuelle de façade, de ne pas avoir d’enfant, de rester souvent seule. Ce n’était pas vrai dans les anciennes générations, où elles adoptaient le même comportement que les hommes.
Que peut-on conclure de tout cela : que l’homosexualité est de tous les pays, de tous les peuples et de toutes les époques. La Guadeloupe ne peut donc pas échapper à cette règle, mais en raison de sa culture particulière, elle rejette plus violemment les homosexuels qu’ailleurs, ce qui les contraint à se dissimuler davantage. J’ajouterais, personnellement, que c’est aussi un signe d’évolution sociale vers la « modernité », comme le traitement infligé aux chiens errants ou le respect des contraintes écologiques.