Cette fois-ci, la saison des pluies bat son plein !
Quand il s'agit du tonnerre, l'expression n'a jamais été aussi exacte, l'animal est on ne peut plus sonore. Il semble bien que la très longue sécheresse, que nous avons connue, accentue l'ampleur des précipitations. Pauvres touristes qui ont cru que le mois d'août était le bon moment pour venir aux Antilles !
Enfin l'herbe pousse, les arbres verdissent, marquant l'avènement d'un printemps très tardif. Les oiseaux ne s'y trompent pas, qui batifolent et bâtissent leurs nids. Le retard de la végétation est quand même considérable, pensez, qu'au 15 août, nous n'avons pas encore eu à tondre une seule fois le gazon. Cousin Casimir, au volant de son beau pick-up, acquis pour remplir cette mission, continue à chercher de l'herbe pour ses vaches.
Les augures pessimistes affirment que nous subirons, cette année, de violents cyclones. La Météo officielle ne les contredit pas vraiment, en déclarant qu'une réserve potentielle importante, de ces violents phénomènes atmosphériques, s'est développée sur les côtes africaines. Encore faut-il qu'ils prospèrent suffisamment pour entreprendre le grand voyage et, qu'au cours de celui-ci, ils veuillent bien passer sur la crotte de mouche que nous représentons sur la mappemonde. Parfois, cela arrive et cela peut s'appeler Hugo !
Ce mouvement général vers l'Ouest, qui caractérise tous les phénomènes naturels et humains, s'explique sans doute par le sens de rotation de la terre. Si l'explication est pleinement satisfaisante pour les phénomènes atmosphériques, elle l'est beaucoup moins pour les mouvements humains. Ainsi, mes compatriotes guadeloupéens ont-ils effectué, à leur corps défendant sans doute, leur terrifiante migration dans ce sens.
Le retour semble d'autant plus difficile que le territoire qu'ils ont quitté n'est pas un pays uni, mais un continent en proie à de terribles soubresauts. Pourtant, quelques tentatives existent, l'inégale chaîne de télévision locale, Canal 10, a rediffusé, hier, un témoignage intéressant sur des Guadeloupéens, qui se sont installés au Bénin pour y réaliser une mission humanitaire. Pour la première fois, j'ai entendu parler de la notion de diaspora africaine installée dans les Amériques. L'idée que cette diaspora puisse tendre la main à ses frères restés sur le continent d'origine me semble très riche de promesses. Pour ceux qui reçoivent cette aide, bien sûr, mais peut-être surtout pour ceux qui l'offrent et qui sont toujours en quête d'une identité.
En même temps, quelque chose me dit qu'il y a danger à trop s'identifier avec ses racines. L'arbre se développe d'autant plus harmonieusement qu'il a construit un puissant réseau de racines, mais on ne l'a jamais vu revenir vers celles-ci, son avenir est vers le haut. Autrement dit : si cela ne peut faire de mal aux Guadeloupéens de redécouvrir les tambours du Gwo Ka, il serait vraiment dommage que cela se fasse au détriment de leur connaissance de Mozart, ce génie universel leur appartenant autant qu'aux Métros ou qu'aux Autrichiens.
Passionné de Jazz pendant toute ma jeunesse, je n'ai jamais considéré cette musique comme étant folklorique, même si ses créateurs et ses plus grands exécutants étaient (et sont toujours) des Américains à la peau noire, que les mouvements racistes locaux (noirs et blancs) baptisent aujourd'hui Afro-Américains, pour les exclurent de la société blanche, supposée homogène.
Qui osera dire, un jour, que les U.S.A, malgré tous les symboles factices créés par Hollywood, sont un échec complet en termes d'intégration. Si l'on y trouve des Afro-Américains et des Latino-Américains, on y trouve aussi des Italo-Américains, des Irlando-Américains, des Polono-Américains, des Juifs-Américains… J'en passe et des meilleurs.
Pourquoi ne pas tenter de réaliser, en Métropole, comme en Guadeloupe, une véritable intégration ? Et que l'on ne me dise pas : " Ah oui, mais avec la couleur de leur peau, on ne pourra jamais les intégrer ma Bonne Dame, les Italiens qui les précédèrent avaient la peau blanche, eux " ou " avec leur religion on ne pourra jamais les intégrer, les Italiens étaient catholiques, eux ". Ceci pour la Métropole. On peut inverser le raisonnement en Guadeloupe " comment voulez-vous les intégrer avec leur peau blanche, les indiens avaient la peau noire, eux ".
Ma réponse tiendra en quelques vers :
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
De quelle couleur doit-on avoir la peau pour être sensible à ce poème ?
À quelle religion doit-on se rattacher ?
Ou peut-être faut-il d'être homosexuel alcoolique pour apprécier Verlaine ?