La libre littérature française des Amériques







BUSINESS IS BUSINESS !

Les grandes surfaces commerciales fleurissent en Amérique du Nord (le Canada étant, sur ce plan, identique aux U.S.A), comme les coquelicots dans les prés printaniers.
Un Européen, à fortiori un Guadeloupéen, transporté dans de telles cavernes d'Ali Baba, ne sait plus ou donner des yeux et du porte-feuilles. La multiplicité des produits et leurs coûts relativement peux onéreux, sont, pour lui, un sujet permanent d'étonnement.
La petite anecdote que je vais raconter aujourd'hui montre combien le sens du commerce est devenu une seconde nature chez les Américains. Ce sens du commerce incluant la qualité de l'accueil des clients, ce dont nos commerçants devraient plus largement s'inspirer.

Je décide soudain, en Caroline du Nord, d'acquérir un drapeau des états confédérés ou états du Sud. Ne voyez, derrière cette flambée de romantisme historique, aucune prise de position par rapport au problème de l'esclavage.
Voyant un tel drapeau décorer la vitrine d'un grand magasin, Jean-Louis arrête notre véhicule devant la boutique.
La caissière, interrogée, affirme que le magasin ne vend pas de tels drapeaux, mais qu'il dispose d'un très grand choix de pavillons actuels, qui se vendent très bien. Par contre, elle nous suggère des serviettes de bain portant cet emblème obsolète. Jean-Louis lui faisant remarquer que nous avons vu un exemplaire du drapeau sudiste en vitrine, elle répond qu'il fait partie de la décoration de celle-ci et qu'il n'est donc pas à vendre.
Après avoir constaté que les serviettes ne me satisfont absolument pas, nous nous dirigeons vers la vitrine qui a attiré notre attention. Jean-Louis me dit : " Prends le drapeau et retournons à la caisse ! " Comme je manifestais mon étonnement, il précisa : " On est en Amérique, ici, tout est à vendre ! ". Je décroche donc le grand pavillon, en enlevant les épingles qui le fixent, et nous retournons à la caisse avec lui.
La même caissière, quand je pose devant elle le produit, sans se départir de son sourire et sans manifester le moindre signe de surprise, le plie soigneusement, rentre un prix sur sa caisse enregistreuse et m'annonce : " 7,65 dollars, avec les taxes ".
Commentaire de Jean-Louis : " Tu vois, tu lui as rendu service, celui que tu as acheté à des couleurs qui commencent à passer au soleil, elle va pouvoir le remplacer par un neuf, que tu lui offres ! Si tu avais présenté à la caisse une des étagères sur laquelle les produits sont exposés, elle se serait conduite de la même façon. "
La logique de ce raisonnement m'apparaît comme étant imparable, mais le comportement de cette caissière ne cesse de m'étonner, habitué, que je suis, à une vision européenne étroite.



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