La libre littérature française des Amériques







LES OBESES AMERICAINS

Je m'étais promis de ne pas parler de l'obésité des Américains. D'abord parce que je suis très mal placé pour le faire, bénéficiant, moi-même, d'une confortable surcharge pondérale ; ensuite, parce que j'exècre le racisme anti-gros, comme toutes les formes de racismes d'ailleurs.
Pourtant, je ne peux pas passer sous silence le spectacle affligeant dont j'ai été le témoin à chacune de mes escales américaines. Au niveau atteint par pratiquement le tiers de la population féminine de ce pays, et, peut-être, par quinze pour cent des hommes, on ne peut plus parler de surcharge pondérale, ni d'obésité, mais de difformité.
Voir des jeunes filles dont les proportions, accentuées par leur grande taille, deviennent inhumaines et qui sont déjà handicapées dans leur locomotion, est d'une grande tristesse. Loin de moi l'idée de me moquer d'elles ou de leur lancer la première pierre, en évoquant leur laisser-aller ou leur manque de volonté, je les plains sincèrement, en pensant que ce sont les premières victimes des multinationales de l'alimentaire, qui représentent l'une des formes les plus sournoises que peut prendre l'impérialisme américain.
Je crois que la nourriture est devenue une drogue, aux États-Unis, au même titre que la cigarette, l'alcool ou les stupéfiants. Mais, alors qu'une lutte radicale est entreprise contre ces dernières, la nourriture bénéficie toujours d'une promotion publicitaire forcenée.

Je voudrais que les charmantes Européennes ou Antillaises, qui ont quelques rondeurs appétissantes, ne se sentent pas visées par mes propos. Ce que l'on voit aux U.S.A tient de la monstruosité. Quand j'évoque les jeunes filles, il s'agit d'un choix personnel, le mal touche naturellement les femmes et les hommes de toutes les tranches d'âge, mais je crois que c'est chez celles-ci que le problème est le plus poignant.
Un minois qui ne manque pas de charme, des yeux qui témoignent d'une intelligence et d'une sensibilité certaines, peut-être une instruction et une culture de qualité, sur un corps disproportionné, avec des fesses d'un mètre de large, qui se déhanchent péniblement sur des jambes presque normales, est, pour moi, une vision insoutenable. Impossible avec de tels attributs de s'asseoir à la terrasse d'un café ou dans le fauteuil d'un moyen de transport en commun. Le handicap est certain !
Avec l'âge, le déhanchement devient de plus en plus accentué, jusqu'à ce que les articulations des genoux et des hanches cèdent et que la personne devienne grabataire.
Fréquemment, on rencontre un couple assorti, constitué par une mère et sa fille. Deux pauvres êtres qui se dandinent de conserve, dans une même recherche d'un équilibre précaire.

Arrêtez ! Cessez ce massacre d'une population, véritable génocide de la féminité. Le sida n'est rien, comparé à ce fléau qui frappe les États-Unis d'Amérique, le nombre de ses victimes étant sans commune mesure avec celui des excès alimentaires.

Certains diront, poussés par un anti-américanisme primaire, que les habitants de ce grand pays payent ainsi leurs excès et leur égoïsme. Il y aurait beaucoup à dire sur ce plan et je le dirai, le numéro précédent en est un bon exemple, mais j'aimerais éviter les avis à l'emporte-pièce, qui n'apportent rien de constructif au débat. Dans ce cas, comme dans celui du terrorisme, ce sont toujours des innocents qui paient pour les fautes des autres. La surconsommation de nourritures mal équilibrées est l'une des formes insidieuses du terrorisme exercé par les États-Unis et qu'ils dissimulent sous de bonnes raisons économiques ou politiques. Actuellement, terroristes alimentaires et victimes sont essentiellement de la même nationalité, mais prenons garde que le mal ne se répande, demain, beaucoup plus largement encore qu'aujourd'hui, à travers la planète et que nos obèses européens ne deviennent, également, des êtres difformes, voire monstrueux.



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