Il m’est arrivé, dans les numéros précédents du Petit Journal, d’émettre quelques critiques – que je n’espère pas trop méchantes – sur l’efficacité de mes compatriotes guadeloupéens. Ces critiques découlaient de comparaisons, plus ou moins conscientes, avec un modèle métropolitain supposé proche de la perfection. Malgré le peu de mois de présence dans ce merveilleux pays, je commençais à magnifier exagérément la lointaine patrie. Cette tendance était sans doute favorisée par mes relations avec certains Métros qui cultivent volontiers le dénigrement. Mon court séjour en Métropole a eu le mérite de remettre les pendules à l’heure.
Non, Messieurs les Métros, la France métropolitaine n’est pas le lieu idyllique que vos mémoires infidèles idéalisent. Voici quelques exemples qui justifieront mes propos.
J’avais besoin d’un certificat de radiation, de la Chambre des Métiers des Alpes-Maritimes, concernant une courte activité artisanale passée. Je me rends donc dans les locaux de cet organisme, où je suis merveilleusement reçu par une charmante réceptionniste. J’expose à la mignonne mon besoin, ce qui la conduit à prendre contact immédiatement avec l'une de ses collègues, qui lui assure que mon papier me sera expédié, par la poste, le soir même. Nous étions le 12 juillet.
Le 19 juillet, je commence à m’inquiéter de ne pas voir arrivé le document, je téléphone donc directement au bureau qui délivre ces attestations. Une charmante voix féminine m’affirme, après vérification, que mon certificat a été posté le jour même de ma demande, mais qu’il n’est pas étonnant que je ne l’ai pas encore, puisque toutes les administrations timbrent leurs courriers en petite vitesse.
Le 23 juillet, trouvant que la petite vitesse commence à devenir excessive, je me rends à nouveau dans les locaux de la Chambre des Métiers pour demander un duplicata du certificat tellement attendu. La délicieuse réceptionniste appelle à nouveau sa collègue, sur la ligne interne, et obtient comme réponse : « le document n’a pas encore été établi, mais si Monsieur veut bien patienter quelques minutes, je le lui apporte moi-même dans la salle d’attente ».
Effectivement, moins de 5 minute plus tard, une demoiselle souriante apparaît, dans le hall de réception avec une feuille à la main.
Imaginons que cet incident mineur se soit produit en Guadeloupe, j’imagine les sarcasmes qu’il aurait déclenché chez certains individus, chez qui les pensées racistes sont toujours soujacentes !
Je vois, d’ici, quelques habitants du Nord de la France hocher la tête en disant : « l’exemple est mal choisi, car il s’agissait de méridionaux, qui, comme chacun le sait, ne sont pas gens très sérieux ! » D’où mon deuxième exemple.
Ayant reçu trois morceaux de margelle cassés, de la piscine en kit que j’ai commandé à un grand fabricant alsacien - qui affirme être numéro 1 en Europe - j’adresse une lettre, à celui-ci, pour lui signaler mon séjour prochain en Métropole, d’où je repartirais avec un conteneur, excellente occasion pour ramener les morceaux de remplacement. La réponse est immédiate et positive : les pièces demandées me seront fournies, sous couvert de la garantie, par l’agence régionale de la société, dans le Midi où je me rends. Presque simultanément, un email, d’un responsable de cette direction régionale, située à Cagnes-sur-Mer, me demande des précisions sur les morceaux brisés. Après ma réponse, un second email me demande si les trois pièces pourront être livrées, chez mes parents, avant mon arrivée à Nice. Réponse positive de ma part. Voilà une affaire promptement réglée, au mieux de mes intérêts. Bravo pour l’efficacité des Alsaciens !
Après mon arrivée chez mes parents, je déchante un peu en constatant l’absence du colis que je comptais y trouver en attente.
Je me rends dans l’agence régionale, où je suis aimablement reçu et où j’expose mon problème. Surprise, personne n’est informé de mes courriers. La liste des emails envoyés, au cours du mois précédent, ne révèle rien me concernant. Voyons du côté de l’Alsace... Aucune trace de mes courriers non plus. J’ai dû rêver ! N’ayant pas emporté de copie du dossier que je croyais classé, je ne peux que me faire petit et demander si l’on pourrait m’expédier rapidement les pièces manquantes, qui risquent fort, à présent, de rater le départ du conteneur. Aucun problème ! On va faire une expédition en express. Aussitôt dit, aussitôt fait, deux jours après tout était à ma disposition.
Si l’affaire de la Chambre des Métiers ne mettait en cause qu’une personne, cette seconde affaire est beaucoup plus grave, car elle révèle de sérieuses lacunes dans la gestion d’une direction régionale et dans celle de sa maison mère. Ce qui, par ces temps où l’on ne parle plus que de normes de qualité, est quand même assez étonnant.
Ma visite à mon cousin Pierrot, le talentueux illustrateur de « Fartas, dernier roi d’Alger » et à sa non moins talentueuse épouse, Lucette, (qui exerce plutôt dans la gastronomie) ne devait pas me donner une vision plus optimiste de notre beau pays. Pierrot, ancien ingénieur de G.D.F, ayant suivi des travaux professionnellement au cours de son activité, m’établit une liste hallucinante de malfaçons, qu’il a dû surmonter au cours des quelques travaux qu’il a fait réaliser dans l’appartement de sa fille, Claire. Sa conclusion : « quand, enfin, on rencontre un technicien compétant, on s’extasie comme si c’était une perle rare, alors que ce devrait être la simple normalité ! ».
France, ta compétence fout le camp !
Tout cela pour dire que certains Métros, qui sont en Guadeloupe depuis trop longtemps, devraient faire un petit séjour en Métropole pour se recycler. Pas sur une plage, les doigts de pieds en éventail, mais dans une activité professionnelle, le temps de retrouver une juste vision des choses.
Pour terminer sur une note optimiste, je vais vous raconter comment les choses se passent en Guadeloupe, quand on a affaire à une administration (ou une para-administration). J’ai eu à démêler, récemment, un problème de retraite avec la Caisse Centrale de la Sécurité Sociale, à Pointe-à-Pitre. Une de ces situations, dignes de Kafka, que l’on rencontre trop souvent, hélas.
Après avoir été promené de bureau en bureau, on me passe enfin la personne compétente, Madame Laurent. J’expose mes difficultés à cette aimable personne, qui répond à mon attente avec beaucoup de gentillesse et de compréhension. Jusqu’ici, tout est normal, l’amabilité est le bien le mieux partagé, en Guadeloupe.
Ce qui est plus étonnant, c’est que nous convenons, avec Madame Laurent, que je dois lui renvoyer un dossier qui m’a été retourné par erreur, de façon à ce qu’elle effectue quelques corrections dans le traitement de celui-ci. Je me rends aussitôt au bureau de Poste de Sainte-Anne (une horreur qui déshonore ce service public, cela dit au passage) et je réexpédie le dossier, en recommandé avec accusé de réception. Un mode d’expédition sûr, mais un peu plus lent que la normale. Quelques jours plus tard, coup de téléphone de Madame Laurent, qui s’inquiète de ne pas avoir encore reçu mon dossier et qui vérifie si j’ai bien compris qu’il faut que je le lui renvoie. Si quelqu’un peut citer un exemple analogue en Métropole, qu’il veuille bien m’en faire part dans ma boîte aux lettres.
J’ai la faiblesse de penser que c’est impossible, et je le prouve : quand j’ai signalé à l’annexe d’une administration des Yvelines, que le numéro en 800, qu’elle fournit gracieusement à ses administrés, ne peut pas être appelé depuis la Guadeloupe et demandé qu’elle veuille bien m’en fournir un autre, pour m’aider à régler un contentieux très épineux que j’avais avec elle, la réponse a été nette : « si vous ne pouvez pas téléphoner, écrivez ! ». Aucune des quatre lettres, envoyées en A.R., que je leur ai expédié ensuite, n’a reçu de réponse à ce jour. La raison en est très simple : dans la plupart des administrations françaises, aujourd’hui, la seule personne qui écrit, c’est l’ordinateur. Si aucune des missives, près enregistrées dans la machine, ne convient comme réponse à votre courrier, il est impossible de vous envoyer une répondre circonstanciée. Deux solutions subsistent : vous rendre sur place (Sainte-Anne n’est pas vraiment proche des Yvelines) ou téléphoner (si la mansuétude de l’administration n’a pas prévu un numéro gratuit, à usage purement local).
Je crains que la Caisse Centrale de la Sécurité Sociale de Guadeloupe ait un peu de retard dans sa gestion des contacts avec ses administrés : il est temps qu’une machine inhumaine et stupide remplace les dames aimables et intelligentes qu’elle emploie !