Je confesse qu’il n’est pas vraiment facile de s’installer en Guadeloupe comme nous sommes en train de le faire.
C’est une opération complexe et onéreuse, parfois irritante, voire douloureuse.
Qu’il soit bien clair que, les plus gros problèmes, nous les avons connus en région parisienne, avant notre départ ou après notre arrivée ici, mais du fait de personnes vivant en Métropole. Les Antillais, souriants et nonchalants, nous ont invariablement donné toutes satisfactions. En région parisienne, par contre, que de déboires. Du réparateur de machine à coudre, au fabricant de grilles de sûreté, en passant par l’entreprise de déménagement, le transporteur, le loueur d’engins de manutention… et Canal +, tous ont été défaillants, avec, parfois des conséquences assez graves.
Les plus graves sont venues du choix du déménageur. J'ai eu la très mauvaise idée de choisir A.G.S, celui qui apparaissait comme étant le plus important sur les pages jaunes de l'annuaire. Résultat : une catastrophe !
Possédant peu de meubles et beaucoup d'objets, souvent fragiles et auxquels on tenaient sentimentalement, nous décidâmes de remplir nous même nos deux conteneurs. L'un rassemblait, plus particulièrement, les objets fragiles. Avec l'aide méticuleuse de mon fils, Philippe, venu spécialement de Nice pour m'aider, je passais deux jours entiers à mettre en place mes nombreux cartons, avec soin et méthode. Les plus lourds et les moins fragiles dessous, les plus délicats dessus. Chaque fois que nous rencontrions des anneaux d'élinguage, nous tendions de nombreux cordages pour sécuriser encore les empilages. Le conteneur n'étant pas plein, nous achevâmes de le remplir avec quelques gros éléments, soigneusement attachés.
Lorsque nos deux conteneurs arrivèrent en Guadeloupe, nous fûmes un peu surpris de ne pas reconnaître l'un d'eux, naturellement le plus "sensible". L'ouverture, des portes arrières, confirma nos doutes et nous plongea dans l'horreur. Pour une raison mystérieuse, jamais avouée par A.G.S, le conteneur avait été changé. Hâtivement et sans aucune précaution, des employés de cette société avaient transférés nos précieux paquets dans le nouveau réceptacle. Le résultat de leur travail était proprement hallucinant : tout avait été balancé sans soin et dans n'importe quel ordre, dans le nouveau conteneur. Naturellement, ce qui était dessous se retrouvait dessus et vice-versa. Le monstrueux maelström était couronné par une bétonnière, qui trônait au plafond sur des coffrets de disques compacts et de laquelle pendaient nos cordages, récupérés à la hâte. Celui qui n'a pas connu pareil traitement infligé à ses précieuses collections n'a pas connu l'abyme le plus sombre du désespoir ! Naturellement, huit cartons n'avaient pas pu trouver place dans ce fouillis et arrivèrent par le bateau suivant.
Je dois dire, pour être complet, que les hommes de Cro-Magnon qui avaient opéré ce transfert, avaient été, malgré tout, totalement honnêtes.
Interrompant la mission de la sulfureuse société A.G.S, je confiais le soin de vider mes conteneurs aux hommes compétents de la société BIARD, qui tentèrent avec beaucoup de patience et de gentillesse de limiter les dégâts causés par leurs concurrents métropolitains. Comme quoi, il ne faut pas désespérer des déménageurs.
Mais, ne remâchons pas nos ennuis et essayons de voir le beau côté des choses. Notre grande maison nous a paru bien vide pendant les six semaines d’attente des conteneurs, mais qu’elles belles vues nous avons sur les grands espaces maritimes et terrestres. De la gauche vers la droite les Grands Fonds et ses collines normandes (les vaches sont bien là) ; la Désirade, qui se profile derrière les plateaux de Saint-François ; les pointes crénelées des Châteaux, qui s’achèvent par la pointe des Colibris pointant vers l’atlantique ; les plages, protégées par des barrières de récifs, de Saint-François et de Sainte-Anne ; Petite-Terre, avec les inévitables Terres de Haut et Terre de Bas ; Marie-Galante, toute proche et dont on voit les lumières nocturnes ; l’anglaise et sauvage Dominique, haute sur l’horizon ; le chapelet d’îles des Saintes (Terre de Haut, Terre de Bas…) ; la majestueuse Basse-Terre, couronnée par la Soufrière et par les deux Mamelles ; … Et puis, partout, l’océan, aux couleurs et aux humeurs changeantes. Tout ce panorama généralement inondé de soleil, même pendant la saison des pluies, dans laquelle nous sommes.
A présent que les conteneurs sont arrivés, la grande maison est devenue un capharnaüm indescriptible. Au milieu duquel nous nous efforçons de la remodeler pour l’adapter à nos souhaits : une cloison abattue, une porte créée, deux portes bouchées, changement de porte d’entrée (le couloir d’entrée devient un placard). Rien n’est définitif, tout bouge et se transforme. Au passage, on enlève les énormes climatiseurs, bien inutiles dans ce palais des Alizés, ce qui conduit à changer les aérateurs qui les accueillaient et les grilles dans lesquelles ils s’encastraient. Heureusement, nous avons trouvé un artisan ferronnier guadeloupéen sympathique (pléonasme) et pas cher (ce qui n’est pas toujours le cas des artisans métros). Nous en sommes à sept grilles de fenêtres et à une porte barreaudée.
Pendant ce temps, les négociations avec le constructeur, qui va édifier le premier des bungalows et creuser la piscine, vont bon train. Les travaux commenceront début octobre, bien avant d’avoir le permis de construire. C’est comme cela, ici, quand on traite avec un constructeur guadeloupéen (les Métros attendent que le permis soit délivré et attendent souvent longtemps). Nous sommes venus pour vivre avec les autochtones et pas pour tenter de reconstituer un petit coin de Colonie, dont nous n’avons pas la nostalgie.
Les plages de sable blanc sont toujours là, avec une eau à 29 °C.
La nourriture Elle ressemble étrangement à celle que nous mangions en Métropole, mais avec une adaptation nécessaire. Ceux qui ont le plus de mal à s’adapter sont nos deux chats. Arrivés avec des manteaux de poils bien fournis (les étés en région parisienne ont une fraîcheur vivifiante…), les voici dans un monde de chaleur, sans leurs boîtages préférés et, surtout, sans les canapés (hier, ils n’étaient pas encore là ; aujourd’hui, ils ne sont toujours pas installés). Quel malheur d’être un chat expatrié ! Et les chats autochtones courent tellement plus vite et sont tellement plus vifs !
Parmi les indigènes, les plus gênants sont les plus petits: de redoutables petits moustiques, silencieux mais très actifs. Moyennant quelques astuces, on arrive à cohabiter avec ces désagréables locataires (crèmes répulsives, spirales odorantes, ventilateurs et, surtout, moustiquaires). Pour le bungalow, nous avons prévu la parade. Normalement, il devait être livré avec des volets mais sans fenêtres (à la mode antillaise), nous avons demandé des fenêtres, avec des moustiquaires à la place des vitres.
Cet afflux de moustiques semble être nouveau. Au cours de nos précédents voyages, nous n'en avions pas supporté autant. Serait-ce un effet du laxisme latent de l'Administration, toujours prompte à négliger les actions préventives, quand leurs résultats paraissent satisfaisants ?
Voilà pour les nouvelles du front. Comme vous pouvez le constater, j’ai récupéré mon ordinateur, mais je n’ai pas encore le raccordement Internet, je devrais sans doute attendre encore une semaine (aux Antilles la vie s’écoule plus lentement… C’est pour cela que l’on est venus s’y installer, non ?).